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Article de l'édition du 21/11/2008

POLITIQUE NATIONALE

VIème Forum pour le développement de l’Afrique

Les ‘’ faiseurs de conflits’’ et les pays industrialisés interpellés

Par Freddy Monsa Iyaka Duku

Les travaux du Forum pour le développement de l’Afrique d’Addis-Abeba se poursuivent en commissions. Mais les débats portent sur les causes réelles qui freinent le développement de l’Afrique et empêchent que l’on investisse réellement sur la Femme africaine.

Les voix s’élèvent pour condamner les ‘’ faiseurs de conflits’’ récurrents en Afrique et la concentration des industries en Occident sans ouverture de création d’emplois en Afrique. La délégation congolaise a saisi cette opportunité pour faire accepter une déclaration sur les atrocités que subissent les femmes congolaises.

Les travaux en plénière dans la salle de Conférences des Nations unies à Addis-Abeba dans le cadre du VIème Forum pour le développement de l’Afrique ont été marqués par des exposés suivis de débats intéressants. Des exposés et débats qui visent à dégager des pistes devant conduire à l’élaboration d’un plan d’action qui s’inscrirait dans cette dynamique ‘’ d’investir dans les femmes’’.

En fait, c’est dans ce sens que toutes les propositions pourraient s’inscrire. Nombreux sont les participants qui ont pris bonne note de l’argumentation de Mme Ulla Tormaes, ministre danoise du Développement et de la Coopération : ‘’ Investir dans le renforcement des capacités des femmes et dans l’égalité va au-delà des budgets spécifiques aux ministères de la femme. Ce qu’il faut, c’est un changement de paradigme qui fera que les pays partenaires et les bailleurs de fonds collaborent pour promouvoir l’égalité du genre. Le point de départ et l’application des principes de la Déclaration de Paris qui portent sur les nouvelles modalités d’aide en faveur de l’égalité du genre’’. Comme pour dire, investir dans la femme n’est pas seulement un fait moral, mais surtout économique.

Cependant, les participants, tous sexes confondus, estiment qu’il y a lieu de faire mieux en exerçant une pression sur les « faiseurs de conflits » en Afrique. Nombreux sont ceux qui soutiennent que les guerres récurrentes en Afrique sont actuellement les causes essentielles qui freinent le développement de l’Afrique. Tel le cas en République démocratique du Congo, au Darfour, en Côte d’Ivoire, et autrefois en Sierra Leone, au Liberia, pour ne citer que ces pays africains. Des « faiseurs de conflits » provoquent des drames inestimables, lesquels affectent considérablement les budgets d’investissement des pays africains préoccupés plus par l’achat d’armes qu’à élaborer les projets de développement.

LA « DECLARATION DE LA RDC »

Saisissant cette opportunité, la délégation de la RDC est intervenue pour inviter l’assistance à porter plus d’attention sur des nations en situation de post-conflit. Car, ce qui se passe en RDC dépasse tout entendement et n’émeut pas tellement la Communauté internationale. Certes, de lois sont votées mais non suivies d’effets. Entre-temps, l’impunité persiste et les femmes congolaises vivent des atrocités infrahumaines et ne peuvent contribuer au processus de développement.

« Je dénonce », tel est le titre de cette déclaration de la Femme congolaise, lue par Mme Jacquy Lofoulo et adoptée par la plénière pour qu’elle soit transmise à la Commission économique pour l’Afrique, à l’Onu et à l’Union africaine. Cette déclaration qui constitue un véritable cri de détresse concerne toutes les femmes d’Afrique, a-t-elle reconnu. La femme congolaise dénonce qu’elle est déshumanisée, violée et est devenue ‘’un moyen de propagation du VIH pour décimer à terme toutes les populations congolaises’’. Et de s’interroger : Que fait le Monde? Qu’a-t-on fait de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies d’octobre 2000 ? De la Résolution 1820 du Conseil de sécurité de juin 2008 ? Du Protocole sur la prévention et la répression des violences sur les femmes et les enfants de décembre 2006 ? Du Pacte sur la Sécurité, la Stabilité et le Développement dans la région des Grands Lacs du 15 décembre 2006 ? Des résolutions sur les violences sexuelles faites aux femmes en RDC prises par le Parlement belge le 8 décembre 2004 ?

Et la déclaration de la délégation congolaise de crier haut et fort; «Stop aux bandes armées CNDP, FDLR, LRA, Stop à la balkanisation de la RDC; Stop aux traîtres; Stop aux agresseurs; Stop aux pilleurs et aux receleurs des ressources naturelles...»

Abondant dans le même sens, Mme Petronille Vaweka, de la Société civile ECOSOC et ancienne Commissaire de district de l’Iruri, appelle le gouvernement congolais à mettre en place un mécanisme approprié pour s’occuper de la femme, particulièrement celle qui a subi des traitements dégradants. « Je suis venue ici pour apprendre et écouter. Mais je tiens à dire que certains discours prononcés dans ce cadre bien précis ne saisissent pas le vrai problème, sa vraie dimension. Pour moi qui ai souffert dans ma chaire et dans mon âme l’humiliation de la femme congolaise avec ces guerres récurrentes dans notre pays, il importe de cerner les vrais problèmes de la Société. Ce n’est pas ce qui se dit à la télé, à la radio, au siège des Nations unies, mais vivre ce qui se passe sur le terrain, mais rencontrer et parler avec ces femmes pour élaborer une stratégie appropriée. Il faut chercher les financements, car ceux qui font des conflits et les receleurs ont une part de responsabilité dans ce que connaît la femme congolaise et l’enfant congolais, et ce que l’Afrique éprouve pour son développement. L’aide internationale n’est pas gratuite. Il faut s’assumer pour des résultats positifs. Comment parler de développement sans la femme qui est la partenaire de l’homme, tel que fixé par la nature ? Il ne s’agit point d’une rivalité mais d’une complémentarité. Nous devons relever les défis, car les guerres d’agression constituent un frein au développement.

Les Congolais doivent se doter d’une réelle approche, se l’approprier à tous les niveaux pour s’engager dans cette lutte de développement. Je puis vous assurer, en partant de ma propre expérience en Ituri que la femme congolaise est capable et peut bien s’exprimer avec compétence dans tous les secteurs de la vie nationale. Malheureusement, elle est parfois combattue parce qu’on trouve en elle une concurrente potentielle. Le cas qui me concerne et celui de l’Ituri en général, est une belle illustration de certaines frustrations que les femmes connaissent et subissent. Qu’en est-il aujourd’hui de l’Ituri après les élections alors que nous nous sommes investies, nous femmes, pour qu’il y ait élections pendant que l’on ne donnait aucune chance à leur organisation dans cette partie du pays? Nous sommes là pour réfléchir avec les autres et voir comment orienter notre approche, notre stratégie de développement national’’.

PAYS INDUSTRIALISES POINTES DU DOIGT

Comme pour soutenir la délégation congolaise, la déléguée de la Côte d’Ivoire à abondé dans le même sens. Mieux, elle a appelé à un forum international avec les pays industrialisés. Il ne s’agit pas seulement du développement de l’Afrique, mais du développement global. Il n’est pas question de l’affaire des femmes d’Afrique, mais de toutes les femmes. Qu’une pression soit exercée sur ces ‘’faiseurs de conflits’’ de manière à laisser l’Afrique vivre en paix pour apporter sa part de contribution au monde qui a besoin de tous, dans cette croissance mondiale.

De son côte, le délégué de l’Ouganda estime que le moment est venu d’interpeller les pays industrialisés pour qu’ils revoient leurs stratégies de développement.

Il n’est pas normal, a-t-il dit, de continuer à parler de développement pendant que des usines sont concentrées en un seul endroit et laisser maintenir l’Afrique en marge. La délocalisation de certaines grandes sociétés vers l’Afrique, a-t-il fait remarquer, créerait des emplois et permettrait aux pays de ce continent de combattre et de sortir de la pauvreté.

FREDDY MONSA IYAKA DUKU, ENVOYE SPECIAL A ADDIS-ABEBA

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