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Article de l'édition du 25/11/2008

POLITIQUE NATIONALE

VIème Forum pour le développement de l’Afrique

Addis Abeba’08 : un nouveau départ pour le continent africain

Par Freddy Monsa Iyaka Duku

La Commission économique pour l’Afrique, CEA, la Banque africaine de développement, Bad, et l’Union africaine ont levé une option sérieuse en organisant le VIème Forum pour le développement de l’Afrique. Forum qui a été sanctionné par une déclaration consensuelle ainsi qu’un Plan d’action. Loin d’être une réunion « habituelle », cette rencontre a posé, de façon déterminante, la problématique du développement dans notre continent, en plaçant au coeur du problème, l’égalité « Homme-Femme ». Pour que désormais rien ne soit plus comme avant. De quitter les vieux sentiers battus des vœux pieux afin de réaliser effectivement le développement de l’Afrique.

A l’occasion du 50è anniversaire de la Commission économique de l’Afrique, il s’agit là d’un cadeau utile, d’un nouveau départ pour le développement du continent africain qui s’appuie sur l’égalité des sexes, l’autonomisation de la femme et l’élimination de la violence contre la femme en Afrique. Trois piliers pour soutenir cette action : économique, social et politique.

Du 19 au 21 novembre 2008 s’est déroulé à Addis Abeba, capitale de l’Ethiopie, le « VIème Forum pour le développement de l’Afrique ». Organisé conjointement par l’Union africaine, la Commission économique de l’Afrique et la Banque africaine de développement, ce forum avait comme objectif l’examen des progrès accomplis pour l’égalité et l’ émancipation des femmes ainsi que des mesures concrètes susceptibles d’accélérer le processus. Mais comme à chaque édition, chaque thème retenu a une incidence sur le développement du continent.

La session d’Addis Abeba n’a pas échappé à cette tradition quand bien même le thème central a été « Agir pour l’égalité des sexes, l’autonomisation de femmes et l’élimination de la violence contre les femmes en Afrique ». Elle s’est imposée des réflexions sur la Parité, droits fonciers et droits de propriété ; l’Emploi, les marchés et le Commerce ; l’ Education, la formation, le perfectionnement ; la Santé ; le Financement en faveur de l’égalité des sexes ; les Conflits, la Paix et la Sécurité, et enfin la Bonne Gouvernance. D’où cet autre thème : Dialogue interactif avec les responsables politiques, économiques et communautaires sur les questions nouvelles.

Allusion faite ici à toutes ces mutations qui émaillent l’ environnement international et qui n’épargnent pas l’ Afrique. Il s’agit de la démocratie, des crises alimentaire, financière internationale et les changements climatiques. Rien n’a été oublié ni laissé au hasard.

D’où toute la particularité de la rencontre d’Addis Abeba sanctionnée par une Déclaration consensuelle et un Plan d’action, lesquels s’adressent à tous les gouvernements d’Afrique, des organisations régionales et intercontinentales. Sans oublier bien sûr les pays de la vieille démocratie et les plus industrialisés. Comme pour dire que la réunion d’Addis Abeba, certes, a reconnu que le développement de l’ Afrique est avant tout un problème africain, mais également une affaire internationale pour autant que l’ Afrique ne peut demeurer en marge du progrès et de la mondialisation. Elle doit s’y faire avec si elle ne tient pas à se faire « éliminer ». A Addis Abeba, il s’est dégagé cette volonté d’aller au « concert de tous les continents » avec des arguments valables. Une manifestation positive qui marque un nouveau départ pour le continent africain.

Solidarité envers la RDC

Avant toute chose, il est intéressant de souligner cette marque de sympathie, de solidarité manifestée à l’endroit du peuple congolais. En effet, lors de la séance de clôture, à l’initiative de la ministre tchadienne, les participants présents dans la salle de conférences de l’Union africaine ont cotisé pour assister les populations déplacées de l’Est de la Rdc, victimes de la violence, des affres de la guerre.

Plus de deux mille dollars récoltés séance tenante seront remis au secrétariat exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL. Un geste hautement symbolique, parce que spontané, qui a ému toute l’assistance. Auparavant, la même plénière avait adopté la déclaration présentée par la délégation de la RDC sur les violences commises par des hommes en uniforme sur les femmes et les enfants. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du « Plan d’action de la femme congolaise » adoptée à Nairobi le 19 février 2002 alors que se tenait le Dialogue intercongolais à Sun City, en Afrique du sud. Les mêmes causes sont en train de produire les mêmes effets. Dans le même ordre d’idées, les responsables de l’Union africaine et de la Commission économique de l’ Afrique avaient eu une importante séance de travail avec la délégation de la RDC. Il s’était agi de se convenir sur une stratégie de paix, de sécurité dans la région des Grands Lacs pour permettre une exploitation rationnelle des richesses de ce pays et de cette région et assurer la promotion humaine.

Cette déclaration qui avait reçu le soutien de tous les délégués avait suscité une autre réaction contre les « faiseurs de conflits en Afrique ». Une proposition avait été faite pour la convocation éventuelle d’une réunion extraordinaire et internationale afin d’interpeller tous ces faiseurs de conflits qui sont à la base de la régression de l’Afrique. Pour leurs intérêts égoïstes, ils ont une large part de responsabilité dans la déshumanisation des populations africaines en Rdc, au Darfour. Autrefois en Côte d’ivoire, au Liberia, en Sierra Léone…Sans la paix, la sécurité, il ne peut y avoir de développement véritable.

Autant également, les pays industrialisés ont été interpellés pour délocaliser certaines usines afin de créer des emplois en Afrique. Ce qui permettrait incontestablement à combattre la pauvreté, réduire le chômage.

Investir dans la femme : un deuxième coup de rein

« Investir dans le renforcement des capacités des femmes et dans l’égalité du genre va au-delà de l’allocation de budgets spécifiques aux ministères de la femme. Ce qu’il faut, c’est un changement de paradigme qui fera que les pays partenaires et les bailleurs de fonds collaborent pour promouvoir l’égalité du genre. Le point de départ est l’application des principes de la Déclaration de Paris qui portent sur les nouvelles modalités d’aide en développement en faveur de l’ égalité du genre ». Cette déclaration est de Madame Ulla Tormaes, ministre danoise du Développement et de la Coopération.

Elle venait d’évoquer le côté économique de la Femme. Investir en elle, n’est pas seulement un aspect moral de la question, mais surtout économique pour autant que cela rapporte.

C’est comme qui dirait que les « hommes en Afrique, dans cette problématique du développement, sont à la recherche d’une nouvelle impulsion, d’un nouvel élan. Ils ont compris qu’arrêter la discrimination envers les femmes peut les aider à gagner plus d’argent. » Un deuxième coup de rein, comme diraient les sportifs, pour un second souffle.

Puisqu’il y a là une dimension économique qui va de pair avec la dimension sociale qui implique l’éducation de la femme pour faire l’éducatrice de la société, de la nation afin de reculer les frontières de l’ignorance, tendre vers la formation, le développement des compétences. Toujours dans cette dimension interviennent les aspects liés à la santé, à l’accès à l’eau pour un corps sain dans un esprit sain. On en arrive ainsi à la troisième dimension politique - ainsi sont réunis les trois piliers de l’action - dimension liée à la gestion de l’Etat pour prévenir les conflits, assurer la paix et consacrer la sécurité, sans lesquelles aucun développement n’est possible.

On a pu déceler cette prise de conscience à Addis Abeba. Micheline Ravololonarisoa, responsable section Africa de l’ UNIFEM, a suggéré que l’on repense le développement en Afrique. Il a été constaté que le processus de l’égalité homme-femme en Afrique pourrait prendre 40 ans. Or, face aux défis auxquels l’Afrique est confrontée, la mobilisation des ressources au plan interne doit être envisagée absolument.

Madame Ben Barka de l’UNECA a abondé dans le même sens en évoquant les nouvelles modalités de développement, répondant ainsi à une interrogation du Potentiel sur la crise financière internationale qui risque de faire capoter le « Plan d’action d’Addis Abeba » avec la réduction de l’ aide au développement. Elle s’est reportée à la réunion de Tunis des ministres africains des Finances pour relever les préoccupations de l’Union africaine et de la CEA. Elles interpellent les gouvernants africains pour que soient mobilisées les ressources internes. Les gouvernants, les membres de la Société civile ont l’obligation morale et politique de faire preuve d’initiatives, de créativité pour autant que la solution au développement est avant tout un problème interne, africain. A travers ces réponses, les organisateurs et principaux animateurs de la réunion d’Addis Abeba ont tenu à faire remarquer cette volonté d’agir désormais. Sans délai.

A l’heure du changement

Ce que l’on peut retenir de ce forum d’Addis Abeba, c’est cette volonté du changement. De quitter les vieux sentiers battus de vœux pieux pour une attitude plus pragmatique.

Il est vrai que cette volonté de changement pourrait se buter à des aspects liés à la culture ou à des cultures africaines, aux religions. Un aspect du problème qui n’a pas du tout été négligé. Bien au contraire, les participants se sont imposés des réflexions profondes.

En fait, tous reconnaissent que la coutume est le caractère central de la culture. Mais il faut examiner en profondeur les aspects négatifs, nuisibles au regard aux défis du développement.

Voilà qui explique pourquoi dans le Plan d’Action d’Addis Abeba un accent particulier a été mis sur la culture. Il a été convenu que « les institutions et les chefs religieux devraient respecter la législation nationale dans l’interprétation des pratiques culturelles et les doctrines religieuses ».

Volonté de changement, ce sont également ces recommandations adressées aux gouvernements africains de définir des programmes communautaires ; de disposer des programmes d’éducation populaire, d’accuser des données fiables sur l’égalité des sexes pour permettre à l’ UA, la CEA et la BAD de publier conjointement un rapport régulier sur la « situation de la Femme en Afrique ». C’est sur une note déterminante, d’optimisme prudent, que les différents délégués ont regagné leurs pays respectifs. Le plus difficile reste à concrétiser ce « Plan d’Action d’Addis Abeba ». Pour le développement réel de l’ Afrique. Ndlr : lire le plan d’action dans nos Forum

Freddy Monsa Iyaka Duku, Envoyé spécial à Addis Abeba

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