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Article de l'édition du 01/06/2009

CINQ QUESTIONS

Jean-Joseph Boillot (*)

Par  Le Potentiel

1. Quel regard portez-vous sur la relance de l’économie chinoise ces derniers mois ?

Pour la première fois, un pays émergent, la Chine, tire en grande partie l’économie mondiale. Quasiment tous les experts de la planète suivent de près le trafic portuaire de Hong Kong et Shanghai pour lire la conjoncture de la crise. Certes, l’économie chinoise ne représente qu’environ 4500 milliards de dollars en termes de PIB courant, soit un peu plus de 5% seulement du PIB mondial contre plus de 20% pour les Etats-Unis. C’est environ deux fois la France. Mais le PIB chinois en parité d’achat, c’est-à-dire du volume, est en réalité près de trois fois supérieur. La Chine représente environ la moitié des variations de volume dans tous les domaines : pétrole, minerais, composants électroniques, etc. Elle est ainsi devenue le premier marché mondial des voitures en mars dernier avec près d’un million de voitures neuves vendues, au-dessus des ventes américaines. Last but not least, si l’on tient compte du delta et de la projection de croissance du PIB en 2009, la Chine va contribuer cette année à hauteur de la moitié de la croissance mondiale et à près de 60% de la liquidité mondiale. La FED en sait quelque chose puisque ses ventes de titres dépendent quasi exclusivement d’un seul acheteur en ce moment : la banque centrale chinoise ! Par ailleurs, le pays a su jouer de manière relativement remarquable face à ce qu’il appelle « la crise globale du capitalisme occidental ». De ce point de vue, nous avons énormément de choses à apprendre du monde chinois en ce qui concerne sa philosophie face à l’adversité. Les autorités chinoises ont su faire preuve de calme, et de lucidité. Elles ont su utiliser leur marge de manœuvre avec efficacité, su anticiper bien longtemps à l’avance un autre relais à la croissance que l’exportation…

2. Selon vous, où réside le principal danger pour la Chine ?

Je pense que le principal danger réside dans la manière dont nous allons reconstruire le second « Bretton Woods » avec la Chine, autrement dit la manière dont nous allons discuter avec ce grand pays de la réforme de l’économie mondiale. Si nous devions en rester à un « G2 », un face à face entre les Etats-Unis et la Chine, alors nous allons rater cette opportunité historique de construire une régulation mondiale équilibrée. Le consensus de Pékin n’a rien à envier au consensus de Washington. Il a des défauts criants, et pas seulement sur le plan des droits de l’homme, mais aussi sur le plan économique : trop de bureaucratie, de corruption, etc.

3. De quelle manière percevez-vous le changement du modèle économique chinois ?

Cela fait dix ans que la Chine s’attaque graduellement aux trois défis auxquels elle est confrontée : passer d’une croissance tirée par les exportations à une croissance tirée par la demande intérieure, faire face aux enjeux environnementaux, assurer enfin une meilleure cohérence entre son régime politique et son niveau de développement économique et social. Mais soyons honnêtes : nous n’arrêtons pas d’accuser la Chine d’avoir une croissance tirée par les exportations alors que nous lui avons nous mêmes vendu ce modèle il y a trente ans. En outre, ce sont pour l’essentiel nos usines, nos industriels, nos commerçants qui produisent ou font produire aujourd’hui en Chine pour des consommateurs avides de prix aussi bas. Imaginons nous la diffusion du téléphone mobile ou des écrans plats ou encore des ordinateurs portables sans la Chine, impossible ! On va du reste rapidement mesurer peut être le prix à payer pour cette crise. Le secteur le plus affecté en Chine est le secteur exportateur, environ 20 millions de personnes affectées.

4. Dans quelle mesure le modèle économique chinois est-il compatible avec le développement durable, la raréfaction de l’énergie…

Il est mis en avant le fait que la Chine émet autant de gaz à effet que les Etats-Unis. Mais on oublie de dire que c’est en Chine, qu’il y a la plus grande ville du monde (10 millions d’habitants) où pas un deux roues ne fonctionne à l’essence et où tous fonctionnent qu’à l’électricité. De même, je viens d’apprendre que la Chine a le plan le plus ambitieux d’éoliennes d’ici 2015 : 50.000 megawatts contre 120.000 installés à ce jour dans le monde. Récemment, le Wall Street journal a publié un reportage montrant que la Chine était devenue le leader mondial des centrales à charbon les plus propres du monde. Plus une seule centrale ne serait construite sans cette fameuse technologie propre made in USA mais qui n’a jamais été développée aux Etats-Unis : le charbon soufflé qui permet de réduire de 80% les émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement de Pékin a pleinement conscience des urgences et des priorités.

5. Quel point de vue avez-vous sur la situation de l’économie indienne ?

L’Inde est un système complètement différent. Le pays présente une configuration « bottom up », c’est-à-dire décentralisée et c’est une démocratie politique. La conjonction de ces deux caractéristiques s’est traduite par un choc extérieur amplificateur sur le propre cycle des affaires. Ainsi, l’économie indienne est beaucoup plus impactée conjoncturellement que l’économie chinoise. La croissance devrait ralentir de 9% à 4-5% en 2009 et la reprise s’étaler un peu plus dans le temps.

TIREES DE EASYBOURSE.COM

(*) Jean-Joseph Boillot, conseiller au club du CEPII, spécialiste de l’Inde

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