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Edition 3538 du Mardi 27 Septembre 2005

LA UNE

Gouvernement-Enseignants : la grève se durcit

Par  Le Potentiel

Prenant le contre-pied de la déclaration, par trop optimiste, de la Commission paritaire Gouvernement-Syndicats annonçant, vendredi dernier, la fin de la grève, l’assemblée générale des enseignants affiliés aux principaux syndicats (Syeco et Synecat), a rejeté hier lundi le barème «intermédiaire» proposé. Elle exige au contraire des réponses concrètes à ses revendications avant toute reprise du travail.

Après la fin des travaux - intervenue le samedi 24 septembre dernier - de la commission ad hoc du gouvernement créée en vue de répondre aux revendications des enseignants, le Syndicat national des enseignants des écoles conventionnées catholiques du Congo (Synecat) et le Syndicat des enseignants du Congo (Syeco) - deux des seize syndicats relevant de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (Epsp) ayant participé à ces assises - se sont référés hier lundi 26 septembre à la base qui les avait mandatés pour lui faire rapport.

Une séance de restitution organisée à cet effet, à l’intention des enseignants et du personnel de l’éducation du secteur public de Kinshasa, a eu lieu lors de l’assemblée générale. Cadre choisi pour cet événement : la salle paroissiale Notre-Dame du Congo, située dans la commune de Lingwala. La salle n’a pu contenir tous les acteurs de l’éducation venus nombreux de tout Kinshasa. Certains se sont contentés de suivre le déroulement de la séance hors de la salle.

La lecture du rapport a indiqué que les travaux de la commission ad hoc Gouvernement/Syndicats qui s’étaient déroulés du 12 au 24 septembre 2005, étaient éclatés en deux sous-commissions dont l’une chargée des salaires, primes et frais de fonctionnement des établissements scolaires ; et l’autre des questions administratives.

La commission financière, considérée comme la plus importante par les enseignants, a surtout attiré l’attention de l’assistance. Le rapport à l’assemblée a fait ressortir, entre autres, l’incise suivante attribuée au gouvernement : «les conditions économiques difficiles prévalant en République démocratique du Congo, ne favorisent pas la prise en compte actuellement du Contrat social de l’innovation, communément appelé Accord de Mbudi ». A cette remarque, les enseignants ont réagi vigoureusement. Une atmosphère surchauffée a commencé à envahir la salle.

«NOUS REJETONS LE BAREME»

L’Accord de Mbudi, rappelons-le, alloue 208 dollars américains à l’huissier et 2.080 dollars Us au secrétaire général de l’Administration publique. Cet accord, aux dires des délégués syndicaux, n’était donc pas à l’ordre du jour des travaux de la commission ad hoc du gouvernement. Une exception, cependant, les travaux étant sectoriels, seuls les problèmes des enseignants ont été pris en compte. A l’exclusion de tous les autres fonctionnaires.

Une deuxième clameur est survenue lorsque les délégués se sont mis à expliquer le projet du barème négocié, lequel divise la République démocratique du Congo en trois zones salariales : Kinshasa, la ville de Lubumbashi et les autres provinces. En dépit de l’opposition de l’assemblée, il lui a été annoncé que ce barème entrera en vigueur à dater du 1er octobre 2005. Comme il fallait s’y attendre, les enseignants se sont mis à scander des slogans soutenant l’application de l’accord de Mbudi : «Lokuta monene, lokuta monene, nani akanisaki Mbudi ekokufa waya».

Quoi qu’il en soit, les réactions négatives des enseignants suivies de l’amendement de certains points contenus dans le projet de leur Déclaration sanctionnant la fin des travaux de l’assemblée générale ont nettement montré leur détermination à voir le gouvernement appliquer l’accord de Mbudi.

Tous les amendements ayant été pris en compte, selon le vœu de l’assemblée générale, il a dès lors été procédé à la lecture de la Déclaration finale conjointe dont la substance se résume en quelques mots : «Nous rejetons le barème intermédiaire, et exigeons du gouvernement des réponses concrètes à nos revendications avant toute reprise du travail». (Cfr encadré)

Déclaration finale conjointe

Les enseignants rejettent le barème de 20 500 fc

«Les enseignants et le personnel de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel du secteur public de Kinshasa se sont réunis en assemblée générale convoquée par le Syndicat des enseignants du Congo et le Syndicat national des enseignants des écoles conventionnées catholiques, le lundi 26 septembre 2005 en la salle paroissiale Notre-Dame du Congo, à Lingwala.

Le Syeco et le Synecat ont présenté à l’assemblée le rapport des travaux de la commission ad hoc du gouvernement créée en vue de répondre aux revendications des enseignants de toute la République. Ces travaux se sont déroulés du 12 au 24 septembre 2005 en deux sous-commissions dont l’une chargée des salaires, primes et frais de fonctionnement et l’autre des questions administratives.

Le projet du barème salarial applicable à partir de la paie du mois d’octobre 2005 a été soumis à l’appréciation de l’assemblée ainsi que le traitement du dossier relatif à la transposition des grades et autres questions telles que la révision à la hausse des frais de fonctionnement et leur allocation aux bureaux gestionnaires. Les enseignants qui ont réclamé l’application intégrale des accords de Mbudi du 12 février 2004, non négociables à ce jour, constatent le mépris du gouvernement qui propose un barème discriminatoire ne tenant pas compte des réalités socio-économiques de l’enseignant. Par conséquent, rejetant ce barème, ils exigent du gouvernement de répondre concrètement à leurs revendications avant toute reprise de travail.

Le Syeco et le Synecat, fidèles aux desiderata de leurs affiliés et confiant au gouvernement, leur partenaire, exigent sans ambages le respect des dispositions constitutionnelles violées sur le salaire (article 34), le droit à l’éducation (article 46) et les conventions et recommandations de l’Organisation internationale du travail (Oit) en matière du travail. Le Syeco et le Synecat, fers de lance de la lutte syndicale des enseignants en République démocratique du Congo, croient fermement que la paix sociale dans tous les secteurs professionnels est tributaire de la responsabilité du gouvernement. Prenant à témoin la communauté tant nationale qu’internationale, les enseignants, à travers le Syeco et le Synecat, interpellent le chef de l’Etat, chef du gouvernement et garant de la nation, pour une solution durable et définitive à la crise qui secoue le système éducatif congolais».