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Edition 3855 du Mercredi 18 Octobre 2006

POLITIQUE NATIONALE

Spécialisée dans les conventions collectives de travail pour les journalistes

Martine Simonis : « Il y a encore un long chemin à faire pour avoir des médias réellement indépendants »

Par Freddy mulumba kabuayi

Elle s’appelle Martine Simonis, de nationalité belge. Elle participe entre autres à des missions d’expertise et de formation pour l’Agence intergouvernementale de la Francophonie, AIF (programme Médias-Conventions collectives de travail pour les journalistes en Afrique de l’Ouest et Afrique centrale). C’est dans ce cadre qu’elle a accompagné, à l’invitation du Gret, le Congrès de syndicat national des professionnels de la presse du Congo. Le Potentiel en a profité pour l’interroger. Entrevue.

Qu’est-ce qui vous amène au Congo au moment où beaucoup de Belges rentrent chez eux ?

C’est à la suite d’une invitation de Gret que je me trouve à Kinshasa pour accompagner le Congrès du syndicat national des professionnels de la presse au Congo dans la paix. Le syndicat a tenu trois jours de congrès sur la refondation et l’impulsion pour un syndicalisme au sein des médias dans ce pays.

Quelles ont été les grandes lignes de ce congrès ?

Le congrès s’est fixé pour objectif d’abord de revoir ses statuts pour pouvoir travailler sur des structures plus efficaces. Ensuite, il y a eu élection. C’est ainsi que le congrès s’est doté d’un nouveau comité national exécutif qui devra organiser les élections en bonne et due forme. Il y maintenant une nouvelle équipe à la tête du syndicat. Le troisième axe c’est pour les cinq prochaines années avec l’élaboration d’un plan d’action autour de quelques grands axes dont le contrat de travail.

Comment peut-on signer un contrat de travail là où il n’existe pratiquement pas d’entreprise de presse ; des entreprises qui, dans la plupart des cas, sont gérées comme des boutiques où l’éditeur à la caisse dans sa poche ?

On sait que pour signer un contrat il faut qu’il y ait deux parties. Je crois que les entreprises, de leur côté, ont une responsabilité non seulement professionnelle mais aussi sociale. En ce qui les concerne, les travailleurs ont la responsabilité de s’organiser et de revendiquer leurs droits et de veiller au respect du professionnalisme et de la déontologie.

Quelle image avez-vous de la presse congolaise ? Qu’est-ce qui marche et qu’est-ce qui ne va pas ?

Le problème de la qualité de la presse ne concerne pas seulement la RDC. Je crois qu’on peut trouver sur place un certain degré de qualité dans quelques journaux. Dans tous les cas, il y a un journal de qualité dont je ne me permets pas de citer le nom. Celui-ci (Le Potentiel) est un journal de qualité, tout le monde le sait. Il y a une grande différence. Quand on lit ce journal, on sent le degré d’indépendance par rapport aux partis et au gouvernement. Il y a encore un long chemin à parcourir pour que l’on puisse avoir des médias réellement indépendants, particulièrement les médias publics qui restent encore un média beaucoup plus officiel que public.

De toute façon, cette indépendance va de pair avec un statut social correct parce que les conditions de production de l’information influencent réellement le contenu de l’information.

Comment un syndicat peut-il se comporter par rapport à la situation économique qui prévaut au pays ? Est-il capable de faire du bon travail ? Comment s’en sortir lorsqu’on sait que les entreprises de presse ici n’ont pas de moyens pour payer correctement les journalistes ?

C’est évidemment une bonne question. Mais où faut-il commencer ? Je pense que si on prend les pays qui sont en croissance, lorsque le syndicalisme est faible, il va de soi que la croissance n’est pas efficace non plus. Il est vraiment important que le syndicat soit représentatif, efficace et fort pour que, dès le moment où il y aura une croissance, les personnes qui contribuent à cette croissance, en l’occurrence les travailleurs, puissent également en bénéficier en retour.

Je suis d’avis que, de leur côté, les entreprises de presse vont devoir évoluer parce qu’à un certain moment il y a eu la crise au Congo, puis la sortie de la guerre et peut-être parfois des désordres pou aller davantage de structuration de professionnalisme.

Il est vrai qu’en ce moment, il n’y a pas grand-chose à se partager mais, de l’autre côté, il n’y a pas non plus transparence dans les entreprises de presse, les médias en général. Par ailleurs, sans aucun doute, il n’existe pas de contrat de travail dans les médias publics. Il n’y a pas non plus de règle de respect du code de travail. Ces entreprises-là ont une responsabilité tout à fait particulière, car elles doivent servir d’exemple en la matière.

Que peut-on faire quand on sait bien que les gens n’ont pas la culture de cotisation ?

La cotisation en fait matérialise la solidarité. Donc, à un certain moment, il va falloir se regrouper, réapprendre la solidarité pour obtenir toutes les avancées. Et tout cela va ensemble avec la cotisation parce que le syndicat doit être financièrement autonome pour pouvoir financer ses propres actions et avoir une caisse. Mais sans cette indépendance financière, il est illusoire de penser que le syndicat soit sur papier ou un syndicat-mallette.

On a la nette impression que l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication (Ifasic) ne produit pas de bons journalistes. Pensez-vous que la presse congolaise pourra se développer sans une réforme du système éducatif en ce qui concerne le journalisme ?

Il est certain que pour avoir un bon niveau d’enseignement, il faut travailler sur le programme et sur le niveau des écoles. Dans le même temps, rien ne sert de former de bons éléments su on n’arrive pas à les fidéliser dans les entreprises de presse parce que les salaires ne sont pas payés, parce qu’ils n’ont pas de contrat et qu’ils n’ont pas de sécurité sociale. La qualité de journalistes va de pair avec le statut social. On le voit d’ailleurs dans d’autres pays où les salaires de journalistes sont en train de baisser. Les meilleurs journalistes vont vers d’autres professions, vers les entreprises privées en dehors du secteur de médias.

Donc, c’est la même chose partout. Je pense qu’à partir du moment où la profession de journaliste au Congo est valorisée en termes financiers, alors on verra arriver dans la profession de très bons éléments.