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Edition 4234 du Mercredi 30 Janvier 2008

LA UNE

Acte d’engagement

Goma : après l’espoir, l’inquiétude

Par  Le Potentiel

La tenue de la conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Sud et du Nord Kivu a été saluée par tous. De même, la signature de l’Acte d’engagement qui en est découlé, a suscité l’espoir pour une cessation définitive des conflits armés dans la partie orientale de la RDC. Mais, la situation est restée tendue sur le terrain où l’on note des accrochages entre les signataires dudit Acte, d’une part et, d’autre part, la tenue des propos qui trahissent l’esprit et la lettre aussi bien de l’Acte d’engagement que des résolutions formulées par les participants à la Conférence de Goma. Il s’ensuit que l’inquiétude tend à succéder à l’espoir suscité et risque de croître voire donner lieu au retour à la case départ tant redouté si jamais rien n’était fait dans le sens de ramener les protagonistes aux bons sentiments. Surtout de respecter leurs engagements pris solennellement devant la communauté nationale et internationale.

Le retour de la paix dans les provinces du Sud et Nord Kivu est entendu, certes, comme un processus. Mais, il s’avère que le plus important reste le premier pas, lequel doit être consolidé en tant que point de départ en vue de favoriser le déroulement des étapes à venir. Celui-ci, dans le cas d’espèce, a été fait par toutes les parties en conflit, groupes armés ou communautés agissant et vivant dans les deux provinces qui ne connaissent pas de vraie paix depuis des décennies. Il s’agit de l’Acte d’engagement signé le 23 janvier 2008 à Goma, à l’issue des travaux de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Nord et Sud Kivu. Cela en présence des délégués de la communauté internationale, notamment les Nations unies, l’Union européenne, l’Union africaine et les Etats-Unis d’Amérique.

L’événement était tellement important que le chef de l’Etat Joseph Kabila a fait le déplacement de Goma pour suivre de plus près les travaux et surtout les négociations qui se sont révélées somme toute laborieuses. Bien plus, il a présidé lui-même la cérémonie de clôture, comme pour donner la caution morale à la conférence.

« Nous, CNDP, mouvement politico-militaire ; PARECO/FAP ; MAI-MAI KIFUAFUA ; MAI-MAI VURONGO ; MAI-MAI MONGOL ; UJPS ; MAI-MAI RWENZORI et SIMBA, prenons les engagements suivants … ». C’est par cette formule que les belligérants se sont engagés pour le retour de la paix dans leurs milieux respectifs. On les a pris au mot. Car, leurs engagements comprennent 4 articles dont le premier est relatif au cessez-le-feu.

Le premier point parle de l’arrêt total et immédiat des hostilités sur toute l’étendue de la province du Nord-Kivu, de tous les actes de violence, de tous les mouvements et renforts militaires ainsi que de tout nouveau recrutement.

Le deuxième point fait obligation aux parties de s’abstenir de poser des actes nuisibles à la paix et à la sécurité, notamment toute attaque, tout acte de provocation ou de sabotage ; tout propos ou toute déclaration de nature à favoriser la reprise des hostilités ; toute tentative d’occupation de nouvelles positions sur le terrain et de mouvement des forces et des équipements militaires d’un endroit à un autre.

Les observateurs notent que les signataires n’ont pas encore réussi à respecter tous ces engagements pris sous le témoignage et la supervision de la communauté internationale. Les escarmouches observées durant les travaux de la Conférence se sont poursuivies et étendues sur le terrain dans le Nord Kivu. Le comble, c’est que toutes les parties en conflit se rejettent la responsabilité de la reprise des hostilités. Il s’agit essentiellement du CNDP de Laurent Nkunda, des groupes Maï-Maï PARECO/FAP et des FDLR.

Des liens seraient établis entre ces accrochages et la volonté des tireurs des ficelles d’en découdre coûte que coûte. On indexerait le gouvernement pour ce qui est de l’entêtement affiché par les Groupes MAI-MAI et les FDLR, le Rwanda en ce qui concerne le CNDP.

S’agissant du PARECO, l’on relève un contraste entre l’expression de bonne foi manifestée au lendemain de la signature de l’Acte d’engagement en présentant aux officiels tout un bataillon prêt pour le brassage et son activité guerrière sur le terrain contre le CNDP.

Ce rejet de responsabilité sur la reprise des hostilités au front a le malheur de conduire à une offensive généralisée avec ce que cela comporte comme risque sur le plan humanitaire et de l’intégrité territoriale et de la restauration de l’autorité de l’Etat sur cette partie du pays. En est-on conscient ? Difficile à dire d’autant que la guerre semble devenir un business qui tente tout le monde aussi bien sur le plan national qu’international.

Le gouvernement se trouve interpellé. La communauté internationale aussi. Le chef de l’Etat n’avait-il pas avisé que le plus grand défi serait la mise en application de l’Acte ? La confusion entretenue en ce moment n’augure rien de bon. Elle ne profite pas du tout au peuple congolais, encore moins aux institutions élues au suffrage universel, après un long processus démocratique. Peut-être est-ce ici l’occasion d’activer la mise en place de la commission chargée du suivi des résolutions de la conférence.

Résolution n° 001 relative à la fin de la guerre et à la paix

Nous, communautés de base, groupes armés, mouvements politico-militaires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et personnalités nationales, Membres de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu;

Vu l’ordonnance n° 07/075 du 20 décembre 2007 portant convocation de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les Provinces du Nord-Kivu et du Sud­Kivu;

Vu l’ordonnance n° 08/001 du 3 janvier 2008, portant nomination des Membres du Bureau, du Comité de sages, du Panel des modérateurs, du Secrétariat Technique et des Ateliers de la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu;

Vu le Règlement Intérieur de la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu;

Considérant les communications faites à la Plénière par les différentes délégations; Considérant les rapports du Comité des Sages, des Ateliers, Commissions et Sous­Commissions de la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu;

Considérant les avis et recommandations des facilitateurs et experts internationaux;

Attendu qu’il ressort de tous ces rapports et communications, la volonté de toutes et de tous à oeuvrer pour l’arrêt immédiat des hostilités et l’avènement rapide de la Paix dans les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu; Devant Dieu, l’histoire et la Nation;

1. EXIGEONS:

L’instauration du Cessez-le-feu par tous les groupes armés et mouvements politico-militaires ainsi que la cessation des hostilités sur toute l’étendue de deux provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu;

La restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu;

L’intégration au sein des Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ou l’enrôlement au Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (PNDDR) des éléments des groupes armés et mouvements politico-militaires nationaux et le rapatriement dans leurs pays d’origines des éléments des groupes armés étrangers;

La mise en place dans le cadre du Comité de Suivi de la Conférence, d’une Commission Technique sur la Paix et la Sécurité chargé de finaliser notamment le plan de désengagement des forces en présence, ainsi que les modalités pratiques du brassage, de la démobilisation et de la réinsertion sociale des éléments et cadres militaires et civils des groupes armés et mouvements politico-militaires;

2. DEMANDONS :

Aux Nations Unies ainsi qu’aux autres partenaires bilatéraux et multilatéraux le déploiement des observateurs et forces armées de la MONUC pour surveiller le cessez-le-feu, en assurer le respect et sécuriser le retour des déplacés internes et des réfugiés; Aux Institutions Nationales de garantir la bonne application de la présente Résolution.

3. LANCONS :

Un appel pressant à tous les membres de nos communautés présents dans le rang de divers groupes armés et mouvements politico-militaires à donner une chance à la paix en quittant ces derniers pour rejoindre les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC) à travers le mécanisme de brassage ou la vie civile à travers le mécanisme du Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (PNDDR).

4. ENCOURAGEONS

La signature d’un acte d’engagement pour mettre fin à la guerre et rétablir la paix et la sécurité dans les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu

Adoptée à Goma, le 23 janvier 2008.