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Edition 4264 du Mercredi 05 Mars 2008

EDITORIAL

Ratisser large

Par  Le Potentiel

En cinq ans, la Chine a quadruplé ses échanges avec l’Afrique et accédé au deuxième rang de ses partenaires commerciaux juste derrière la France.

Il n’y a plus de pays du continent qui ne soit sur l’orbite de la Chine. De Tunis au Cap, la Chine réconforte son influence sur le circuit économique africain. Aucun secteur n’échappe aux ambitieux entrepreneurs chinois qui viennent de mettre pied au Lesotho.

Si en RDC, la présence de la Chine rime aujourd’hui avec le secteur minier, ailleurs, c’est dans le commerce général qu’excellent les compatriotes de Mao.

Les pays occidentaux ont beau dénoncer les pratiques de la Chine en Afrique, rien ne semble freiner les investissements chinois sur le continent africain. L’on assiste forcément à une redéfinition de la géopolitique économique sur le plan international.

En effet, avec son taux de croissance impressionnant, proche de 10%, la Chine pèse désormais sur l’échelle mondiale. Tout le monde la convoite, mais beaucoup craint ses nombreuses incursions sur les chasses gardées des économies occidentales.

La Chine ne s’invite plus. Sa politique de pénétration tient à son pragmatisme. Et ses relations avec des pays tiers ne sont assorties d’aucune conditionnalité. C’est, sur quoi l’Occident s’est longtemps appuyé dans la définition de ses différents accords de coopération. Aujourd’hui, elle paie le prix de ses propres turpitudes et maintes hésitations.

Les temps changent et, à Pékin, le pragmatisme a pris le pas sur la rhétorique idéologique. Commerce extérieur et coopération économique sont d’ailleurs gérés par le même ministère.

Si la voracité énergétique de la Chine est une composante majeure de la stratégie chinoise en Afrique, de nombreux facteurs d’ordre économique et politique expliquent l’intérêt croissant de la Chine pour le continent africain.

Pékin privilégie une approche Sud-Sud en se démarquant ainsi de l’Occident perçue comme le «donneur de leçons ». Prêts sans conditions, rejet de l’ingérence, Pékin met en avant son propre modèle de développement dissociant développement économique et réformes politiques assurant ainsi la survie de régimes vilipendés en Occident, comme le Soudan ou le Zimbabwe.

La nouvelle percée chinoise en Afrique ne peut laisser indifférents ni les partenaires traditionnels de l’Afrique , ni les gouvernements africains. Sévères ou favorables, les jugements que les nouveaux venus suscitent ne changent pas une réalité qu’il faut admettre : l’arrivée des Chinois en Afrique promet de changer la face du continent.

Cette offensive économique et commerciale s’accompagne d’une intense activité diplomatique. Dans de nombreux pays en crise ou en délicatesse avec la diplomatie occidentale, Pékin engrange les fruits de sa doctrine de non ingérence dans les affaires intérieures. Les relations avec le Soudan – au banc des Nations unies en raison, notamment, de la situation au Darfour – sont exemplaires d’une stratégie sans états d’âme.

En 2008, selon le Fonds monétaire international, l’Afrique devrait connaître son meilleur taux de croissance en trente ans. Ce sera en partie grâce à l’investissement de la Chine.

Hier base arrière de la guerre froide, le continent sera-t-il demain aux avant-postes de la guerre commerciale qui s’intensifie?