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Edition 4285 du Samedi 29 Mars 2008

POLITIQUE NATIONALE

Dans une interview à RFI

Kengo Dondo : « Le Premier ministre doit être non seulement visible mais aussi audible »

Par  Le Potentiel

Président du Sénat, Kengo wa Dondo a été hier vendredi l’invité de Radio France Internationale, RFI. Du Premier ministre Antoine Gizenga, il a dit qu’ « il doit être non seulement visible, mais aussi audible ». De cinq chantiers, il a déclaré qu’ils allaient « débuter très prochainement, d’après ce que le ministre des Travaux publics et Infrastructures a annoncé ». Du crédit chinois de cinq milliards de dollars, il a déploré que les négociations se soient déroulées hors du parlement. « Le moment, a-t-il déclaré, est venu pour que le parlement puisse en connaître les termes et les conditions… ». Interview.

Après son élection en novembre 2006, le président Joseph Kabila a défini les 5 chantiers : les infrastructures, l’emploi, l’éducation, l’eau et la santé. Où en est-on aujourd’hui ?

On attend encore. Il semble que les cinq chantiers vont débuter très prochainement, d’après ce que le ministre des Travaux publics et Infrastructures a annoncé. Mais, les choses n’ont pas encore vraiment débuté.

Dans le discours que vous avez prononcé à l’ouverture de la session ordinaire de mars, vous ne cachiez pas votre impatience. Vous disiez par exemple qu’il y avait de graves pénuries d’eau et d’électricité ?

Absolument, je crois que les maladies hydriques aujourd’hui sont légion, particulièrement en ce qui concerne l’enfant. Pour ce qui est de l’électricité, nous sommes souvent dans la ville de Kinshasa en délestage. Pire, s’il n’y a pas d’électricité, c’est-à-dire s’il n’y a pas d’énergie, il n’y a pas de développement. S’il n’y a pas d’énergie, il ne peut pas y avoir d’eau.

Dans votre discours, vous dénoncez aussi la corruption et le fait que les salaires n’arrivent pas à destination ?

Oui, la plupart des fonctionnaires à l’arrière-pays réclament jusqu’aujourd’hui leurs salaires. Ceux-ci n’arrivent pas à destination. Donc, cela veut dire qu’il y a, quelque part, des gens qui en profitent

Est-ce que le gouvernement d’Antoine Gizenga qui a été mis en place il y a un an, travaille suffisamment ?

Je ne peux pas dire que le gouvernement travaille suffisamment, parce que vous-même vous venez de me poser la question sur les chantiers du chef de l’Etat et je vous ai répondu que ces chantiers n’étaient pas encore mis en œuvre. Cela veut dire que le gouvernement ne travaille pas suffisamment.

Deuxièmement, l’on peut aussi se poser la question de savoir si ce gouvernement a tous les moyens de sa politique. Alors il y a évidemment de crédits chinois mais le déblocage ne s’est pas encore fait non plus. Et puis le parlement n’a pas encore examiné les termes et contours de ce crédit avec les Chinois.

Vous semblez dire que le crédit chinois de cinq milliards de dollars n’est pas du tout transparent ? Est-ce cela ?

Non, je dis que, jusqu’à présent, les négociations ont eu lieu hors du parlement. Le moment est venu pour que le parlement puisse en connaître les termes et les conditions. La transparence doit être de rigueur.

Pensez-vous comme certains que le Premier ministre Antoine Gizenga devra passer la main ?

Je ne peux pas me substituer au chef de l’Etat. Le problème est que le gouvernement doit toujours parler. Le gouvernement souffre d’un déficit de communication. Le Premier ministre doit être visible. Il doit être non pas seulement visible mais aussi audible.

N’est-ce pas le signe que le vrai pouvoir dans votre pays est à la présidence et parmi les conseillers du président Kabila ?

C’est vous qui le dites. Il y a des conseillers sûrement autour du président. Mais, vous savez que le pouvoir a horreur du vide. Si le gouvernement n’agit pas, il y a entre-temps d’autres dans l’ombre qui agissent.

Le mois dernier, les manifestations dans la province du Bas-Congo auraient fait plus de 100 morts selon les Nations unies. A qui la faute ?

J’ai toujours considéré que l’ordre public ne peut être rétabli au moyen de la répression que dans la mesure où la répression peut procurer la paix sociale. C’est pour cela qu’il faut ouvrir le dialogue. Ce que Bundu dia Kongo dit tout haut est peut-être ce que les populations du Bas-Congo disent tout bas. Il y a des frustrations. L’on peut recourir à la répression, mais il faudrait également aller à l’écoute des populations surtout que Bundu dia Kongo est un mouvement politico-religieux, il faut éviter de créer des martyrs.

Fallait-il interdire le mouvement Bundu dia Kongo ?

Ce que je crains est que dès lors qu’ils perdent la personnalité juridique, ils ne vont agir publiquement mais dans la clandestinité. Je doute. Peut-être qu’on est allé trop vite.

Depuis un an au Sénat, il y a un siège vide, celui de Jean-Pierre Bemba, le chef de l’opposition qui est en exil au Portugal. En novembre dernier, je crois que vous aviez écrit au Premier ministre pour lui demander de faciliter le retour de Jean-Pierre Bemba. Où est-ce qu’on en est ?

Le sénateur Jean-Pierre Bemba avait invoqué qu’il ne pouvait pas rentrer tant que sa sécurité n’était pas assurée. Le problème de la sécurité de Bemba relève de la compétence du gouvernement. C’est pour cela que j’ai écrit au gouvernement. Depuis cinq mois, le Premier ministre ne m’a pas répondu. J’ai rappelé par une lettre pour qu’il puisse me répondre.

Vous voulez dire qu’il y a une volonté du gouvernement de maintenir Jean-Pierre Bemba en exil ?

Une volonté non exprimée n’est pas une volonté. Mais le silence du Premier ministre devient assourdissant. En plus, je considère que si le président du Mlc qui a obtenu quarante-deux pour cent à l’élection présidentielle n’est pas à la tête de son parti, pour exercer son rôle d’opposant à l’intérieur du pays, il y a quelque chose qui manque. La démocratie ne s’exerce pas comme elle doit s’exercer.

Transcris par BIENVENUE MARIE BAKUMANYA