POLITIQUE NATIONALE
Après trois folles journées à l’Assemblée nationale
Affaire BDK : le pire a été évité
Par Le Potentiel
Même s’il n’en est pas tellement le cas, on peut tout de même dire au sujet de l’affaire Bundu dia Kongo qui a tenu l’opinion en haleine pendant trois jours, que tout est bien qui finit bien. Dans tous les cas, l’atterrissage s’est fait en douceur. Après trois folles journées de débats à l’Assemblée nationale, le député Ne Muanda Nsemi, chef spirituel de BDK, et Denis Kalume, ministre d’Etat à l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité s’en sont tirés à bon compte. La tempête est passée. Peut-être momentanément, en attendant de « vider complètement » un dossier qui a mis la province du Bas-Congo au-devant de l’actualité. Le pire, que bien des gens craignaient, semble évité. Dans l’espoir que les recommandations de l’Assemblée nationale finiront, cette fois-ci, par attirer l’attention du gouvernement central qui devra naturellement en faire bon usage…
La journée de samedi était annoncée pour être « fatidique ». Pour Ne Muanda Nsemi, député et chef spirituel de Bundu dia Kongo. Et pour le ministre d’Etat à l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité, Denis Kalume. Mais au bout du compte, rien de tout cela. Pas de pendaison pour celui-ci, pas de pendaison non plus pour celui-là. Pas de pugilat même si l’on a quelquefois cru que la maison allait « prendre feu ». Pas du tout de pugilat même si de fois l’auteur de la question orale est allé jusqu’à « bousculer » vigoureusement le ministre d’Etat, le gouverneur et le vice-gouverneur de la province du Bas-Congo.
LA REPLIQUE DU MINISTRE D’ETAT
Bien avant d’entrer dans le vif de sa réplique, le ministre d’Etat à l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité a remercié les responsables des différentes confessions religieuses « qui ont eu le courage de dénoncer par les écrits, sons et images » et « qui sont venus nombreux (dans la salle) pour témoigner publiquement le sort que les adeptes de Bundu dia Kongo réservent aux chrétiens en général du Bas-Congo et attirer l’attention des partis politiques chrétiens sur la menace que fait peser BDK sur leurs électeurs chrétiens ». «Contrairement aux apparences, et avec l’honorable comme gouverneur dans le Bas-Congo, c’est le démantèlement de toutes les Eglises chrétiennes et toutes les œuvres sociales, hôpitaux, écoles… sans aucune garantie de remplacement », a accusé le ministre. « Car, a-t-il dénoncé, le BDK n’a aucune école en dehors de « zikwa » qui lui sert à la fois de salle de détention, de fumoir de chanvre… »
Dans l’entendement du ministre d’Etat à l’Intérieur, « le problème porte sur le refus de BDK de respecter l’ordre public et de vouloir violer les libertés fondamentales des citoyens ».
S’adressant aux députés, Denis Kalume a indiqué qu’ « au moment où le souverain primaire que la députation nationale représente - dans l’hémicycle - se réjouit de l’action du gouvernement menée dans le Bas-Congo, sur Internet et dans les milieux de notre diaspora c’est la désinformation, c’est l’intoxication entretenues par des manipulateurs à l’assaut de ceux qui ne cherchent que le malheur du peuple congolais en lieu et place de la paix et du bonheur ». « A quelque chose malheur est bon. Merci à cette population du Bas-Congo pour sa maturité politique », a-t-il déclaré.
Répondant aux multiples préoccupations des députés, les réponses ont été regroupées selon les trois rubriques : réactions et préoccupations, observations et suggestions, et conclusions. Premièrement, condamnation sans ambages de la décision du gouvernement de s’attaquer aux adeptes de Bundu dia Kongo au regard des griefs minimes leur reprochés comme l’usage de la drogue et l’incantation spirituelle. A cette préoccupation, Denis Kalume a affirmé que le gouvernement ne s’est pas attaqué aux adeptes de Bundu dia Kongo. Le gouvernement, a-t-il réaffirmé, a mené une opération de rétablissement de l’ordre public perturbé par les adeptes de BDK. Selon lui, le gouvernement n’a pas mené une action de répression des manifestations pacifiques.
Concernant la deuxième préoccupation majeure sur la condamnation de l’usage disproportionné de la force de la part du gouvernement face aux adeptes de Bundu dia Kongo, le ministre d’Etat a reconnu fondées les accusations des députés. Néanmoins, il a fait savoir que « l’unité de la police est intervenue avec les équipements de la dotation organique pour le rétablissement de l’ordre public indépendamment de la qualité de ceux qui troublent l’ordre public ». « Les unités de la police, a-t-il rappelé, sont organisées en fonction de lois organiques que les députés votent ». Dès sa création, chaque sous-unité, en fonction de sa mission, se dote d’un certain nombre d’équipements, a ajouté Denis Kalume. « C’est ce que nous appelons le tableau de dotation », a-t-il explicité. Dès que chaque sous-unité a son tableau de dotation, à chaque mission qu’elle reçoit, indépendamment des personnes qui sont en face, elle utilise son équipement de dotation. « C’est ce qui s’est passé dans le Bas-Congo », a-t-il fait valoir.
Pour le ministre d’Etat, deux unités sont parties dans le Bas-Congo, l’UPI (Unité de police intégrée) et la PIR (Police d’intervention rapide) avec leurs dotations techniques. « Personne n’a amené un équipement supplémentaire », a-t-il déclaré. A cette occasion, il a exhibé quelques armes qu’on utilise pour lancer les bombes lacrymogènes. Cela, contrairement aux allégations faites par certains députés selon lesquelles la police aurait utilisé des bombes pour réprimer les manifestants, s’est défendu le ministre d’Etat à l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité.
PROPOS DU DEPUTE KIAKWAMA KIA KIZIKI
Auteur de la question orale, le député Kiakwama kia Kiziki est intervenu après la réplique du ministre d’Etat. Occasion pour lui de s’épancher : « Je n’ai pas, a-t-il dit, initié cette question orale seulement parce qu’on a tué des Bakongo. J’ai initié cette question orale parce que des Congolais ont été tués par ceux-là mêmes qui étaient censés les protéger, pour la deuxième fois en un an, pour les mêmes raisons, de la même manière abjecte et avec un bilan humain encore plus lourd, alors que le ministre d’Etat clame que la police a accru son professionnalisme ».
Après avoir affirmé qu’il connaissait bien le dossier du Bas-Congo, le député Kiakwama a reconnu qu’il était donc « à même d’en comprendre les implications et d’en tirer des conclusions inquiétantes pour le pays tout entier, en matière de liberté d’expression, de liberté d’association et de manifestation, en matière de décentralisation, de vassalisation des pouvoirs provinciaux, et enfin, tout simplement, en matière de gouvernance et de démocratie ».
« Je voudrais, a-t-il poursuivi, rappeler à tous que les libertés d’expression et d’opinion doivent être sacrées. Il ne faut pas étouffer le débat public. Le débat est bon, il est formateur pour tous ceux qui y participent et pour la population qui écoute ». Il a indiqué que l’honorable Ne Muanda Nsemi avait «le droit d’être indépendantiste ou sécessionniste». « Tant qu’il s’en tient à la parole et aux idées. Ceci n’en fait pas un criminel », a-t-il affirmé tout en mettant un bémol : « Pour ma part, comme la majorité des Bakongo, je ne suis ni indépendantiste, ni sécessionniste. Je suis fédéraliste. Je l’ai toujours été et je ne cesserai de l’être. Soyez sûrs que tant que je vivrai je m’opposerai publiquement à toute visée indépendantiste d’où qu’elle vienne ».
A l’honorable Ne Muanda Nsemi, Kiakwama kia Kiziki a dit en substance : « Je ne partage pas toutes vos idées, ni certaines méthodes – que je condamne – et qui sont utilisées par certains de vos adeptes. J’ai avec vous des divergences de fond sur de nombreux sujets… ». Et d’ajouter : « Liberté d’opinion n’est pas synonyme d’intégrisme ni de licence. Dans ces deux cas, vous me trouverez toujours en face de vous». «Car, a-t-il insisté, nous n’accepterons pas dans le camp de l’opposition des comportements et des attitudes que nous reprochons tous les jours à d’autres : pensée unique, arrogance, intransigeance, prétention au monopole de la vérité, violence verbale et/ou physique, incapacité d’écouter les autres et leurs avis, etc… ».
D’après l’auteur de la question orale, « personne, dans aucune province, n’est à l’abri de l’émergence d’un Bundu dia Kongo tant que les gouvernements de la République - le gouvernement central et les gouvernements provinciaux - ne s’attèleront pas chaque jour à assurer la présence de tous les services de l’Etat dans les moindres recoins de la République, tant qu’on ne luttera pas vigoureusement contre les tracasseries quotidiennes, les abus de pouvoir, les jugements iniques et l’arbitraire auxquels sont soumises nos populations de la part de ceux qui sont censés les servir ».
S’appesantissant sur l’action menée par le gouvernement central au Bas-Congo, le député n’a pas eu la langue dans sa poche. « Il ne s’agit donc pas, a-t-il corrigé, de restaurer l’Etat, une autorité inexistante et prétendue bafouée, mais d’instaurer un Etat, un Etat impartial et efficace ». Et de continuer : « Certes, il faut agir, certes il faut instaurer l’autorité de l’Etat, mais la manière de faire est aussi importante que l’action », a-t-il dit au ministre d’Etat. « Vous avez la main trop lourde. Vous ne cessez de dire que l’autorité de l’Etat, ce principe absolu d’après vous, justifie vos méthodes...Sans faire une comptabilité macabre, je dois dire qu’il est anormal qu’après les trois morts imputés aux adeptes de BDK, vous, de votre propre aveu, vous en causez une vingtaine. Dans le cas de BDK, vous parlez de violation massive des droits de l’homme. Dans votre propre cas, vous parlez de restauration de l’autorité de l’Etat conduite avec professionnalisme », a-t-il fait observer.
« Nous devons, a-t-il fait savoir, avoir le courage de reconnaître publiquement que l’escalade dont nous avons été les témoins quasi-impuissants est notre échec à tous… ».
KAMERHE : SAPEUR POMPIER
Appelé en fait à départager tout le monde par rapport à la gravité du dossier, le président de l’Assemblée nationale a joué en quelque sorte au sapeur pompier. Vital Kamerhe a fait des propositions concrètes, tout en indiquant par ailleurs que « la démocratie est en marche dans notre pays ». « On ne doit pas perdre espoir », a-t-il prévenu.
Après avoir apprécié les interventions des uns et des autres, Vital Kamerhe a noté que « pour une sortie de crise, il faut prendre en compte les revendications du peuple du Bas-Congo malgré le retrait de l’agrément au BDK par le gouvernement ». Pour lui, il est question « de ne pas donner l’occasion au BDK de se muer en mouvement rebelle ».
S’agissant de l’immunité de Ne Muanda Nsemi, le président de la chambre basse du Parlement a prévenu tout le monde qu’il n’y avait pas « une opération compliquée que la levée de l’immunité ». Il a, à cet effet, évoqué quelques dispositions constitutionnelles qui exigent de remplir certains préalables avant d’y parvenir. « Des mesures à prendre ne doivent pas être de nature à aggraver encore la situation qui est déjà dramatique dans le Bas-Congo », a-t-il martelé.
Pour ce faire, il a proposé la tenue dans toutes les provinces d’une table ronde économique en vue « d’élaborer le plan de développement par rapport à la nouvelle loi sur la décentralisation». A cette occasion, a-t-il révélé, on va expliquer les mécanismes de la rétention à la source de 40%. On va expliquer à la base le programme du gouvernement. Il a également jugé nécessaire la tenue d’une conférence dans le Bas-Congo sur la paix, sous l’égide de l’autorité nationale. Toutes les questions qui font couler beaucoup d’encre et de salive, a-t-il ajouté, y seront débattues. Pour le président de l’Assemblée nationale, obligation est faite au chef spirituel de BDK « de se définir soit en tant que parti politique, Eglise soit alors un mouvement culturel ».
Parmi les recommandations, il y a lieu d’éviter des tracasseries dans des provinces en crise. Il y a nécessité de sanctionner tous les auteurs des troubles tant dans l’armée que dans la police. Il est également nécessaire d’assurer l’encadrement des jeunes désœuvrés qui évoluent au sein de BDK, la réintégration des adeptes de BDK qui sont en fuite. Il y a aussi lieu, a recommandé l’Assemblée nationale, d’envisager la suppression de tous les camps d’entraînement de BDK et d’organiser une caravane de la paix …