LA UNE
Premier semestre 2008
Gouvernement : bilan mitigé
Par Le Potentiel
Kananga abrite ce vendredi la réunion ordinaire du gouvernement. Après Matadi, Bandundu, le gouvernement se donne rendez-vous au chef-lieu de la province du Kasaï Occidental, Kananga, pour débattre de grandes questions nationales et internationales. Belle opportunité pour l’Exécutif de faire le bilan du premier semestre 2008. Au regard des résultats sur le terrain et compte tenu du dernier mémorandum du gouvernement aux institutions de Bretton Woods sur l’état d’exécution de son programme, le bilan est mitigé. La réunion de Kananga, qui se tient à mi-parcours de l’exercice 2008, devra amener le gouvernement à fixer l’opinion tant nationale qu’internationale sur ses actions. Transparence et bonne gouvernance obligent.
A Kinshasa, une délégation du Fonds monétaire international (FMI) épluche encore les profondeurs des contrats signés avec la Chine, avant de se décider d’une relance des négociations concernant un second programme triennal avec la RDC. Du FMI se profile aussi un bilan de six premiers mois de cette année 2008, au regard des éléments contenus dans le mémorandum des politiques économiques et financières du gouvernement pour l’année lui transmis par le Premier ministre, Antoine Gizenga, en date du 13 juin 2008. Sa lecture donne toute l’étendue des actions promises, non exécutées ou partiellement réalisées.
Autant dire qu’à Kananga, le gouvernement aura le devoir moral et politique de recadrer son tir pour qu’il se rapproche le plus possible de ses engagements au deuxième semestre 2008. En attendant, c’est un bilan mitigé qu’offre le gouvernement au premier semestre 2008.
En effet, en mission à Kinshasa depuis le 18 juin 2008, c’est le mardi 1er juillet que la délégation des experts du département Afrique du Fonds monétaire international boucle leur mission à Kinshasa. Pendant deux semaines, les experts du FMI ont pu recueillir de plus amples éléments sur les engagements contenus dans les contrats conclus entre la RDC et la Chine. De la même manière, ils ont pu juger du niveau d’exécution, au premier semestre 2008, des engagements repris dans le mémorandum des politiques économiques et financières du gouvernement pour l’année 2008, tels que transmis au FMI le 13 juin dernier.
Le mémorandum, signé par le Premier ministre Antoine Gizenga, et adressé au Directeur général du FMI, Dominique Strauss Kahn, reprend les engagements du gouvernement pendant l’année 2008. Alors que le premier semestre touche à sa fin, le gouvernement semble avoir traîné les pieds pour la concrétisation de ses promesses, pourtant librement consenties afin de déblayer le terrain devant mener aux discussions approfondies. Et ce, dans la perspective de la conclusion d’un éventuel programme triennal avec le FMI. Du premier coup d’oeil, le résultat n’aspire aucun brin d’optimisme. Le gouvernement est recalé sur toute la ligne, car incapable, en six mois, d’exécuter des programmes suivis par les services du FMI (PSSF).
La réunion ordinaire du Conseil des ministres qui se tient aujourd’hui à Kananga devrait permettre de faire le point sur ses six mois de gestion, pour autant que le gouvernement ne s’est pas acquitté de cette obligation devant l’Assemblée nationale, autorité budgétaire. Il doit, à la différence des sessions de Matadi et Bandundu, s’imposer une relecture des actions exécutées et à exécuter dans le cadre des engagements souscrits dans le PSSF.
PROMESSES NON TENUES
Rappelant la mise en œuvre du PSSF en 2007, le mémorandum du gouvernement au FMI reconnaît que « la période post-électorale a été marquée par une nette amélioration de la situation macro-économique et une mise en œuvre encourageante du PSSF jusqu’en septembre 2007. Cependant, poursuit-il, des pressions sur les dépenses au dernier trimestre 2007 se sont accentuées au-délà de ce qui a été prévu par le PSSF révisé (…). Les difficultés de maîtriser les dépenses urgentes au premier trimestre 2007 ont entraîné des paiements importants des dépenses de l’Etat en dehors des procédures budgétaires ». Conséquence prévisible à ces dérapages, le mémorandum note que « la performance dans le cadre du PSSF révisé a été mitigé à fin 2007 ». D’où, des mesures urgentes reprises dans le mémorandum dans les « politiques macro-économiques et le programme en 2008 ». Politiques dictées, souligne le même document, par les « résultats mitigés du PSSF en 2007 », et destinées à « pallier les insuffisances de la gestion budgétaire qui ont été à l’origine de la fourniture d’informations par le passé et des difficultés macro-économiques récentes ».
Pour toutes ces raisons, le gouvernement appelle le FMI à « étendre le PSSF au premier semestre 2008 », moyennant l’exécution à cette échéance d’une série de mesures économiques.
En se basant sur les deux piliers de la politique économique, le gouvernement promettait, par ses engagements, « le rétablissement de la stabilité macro-économique pour jeter les bases d’une croissance forte, durable et redistribuée ». Si en politique budgétaire, le gouvernement s’est fixé comme objectif en 2008 de « limiter les dépenses courantes pour éviter le recours au financement bancaire par l’Etat », rien de tel n’a été réellement entrepris en 2008, la plus grosse partie des dépenses, dites urgentes, étant jusqu’à ce jour actionnées hors chaîne des dépenses. L’importance de la rubrique « autres postes nets » dans les statistiques monétaires de la Banque centrale du Congo en témoigne.
Autant dire que sur le plan budgétaire comme monétaire, le gouvernement n’a pas pu tenir ses engagements. Le voilà qui se retrouve aujourd’hui à Kananga presque à la case départ, obligé de donner plus de nouvelles garanties de sa volonté à réaliser les engagements contenus dans son mémorandum de 13 juin 2008.
A côté des clarifications sur les contrats chinois, la relance des négociations avec le FMI pour un nouveau programme triennal passe également par là. Il n’est donc pas tard que le gouvernement, au terme de son Conseil des ministres de Kananga, fixe l’opinion tant nationale qu’ internationale sur le niveau d’exécution de son programme 2008.
Certes, l’arrivée médiatisée du matériel chinois pour l’exécution des travaux liés aux « 5 chantiers » ne doit nullement occulter cette nécessité de faire l’état des lieux sur l’exécution du programme 2008 du gouvernement. D’expliquer cette inflation de plus en plus galopante alors que selon les prévisions, elle devrait se situer à 8% en décembre 2008. Au terme de ce premier semestre, il est déjà à 32 %. En plus, dans ce mémorandum, le gouvernement reconnait qu’il est impossible de procéder à l’augmentation des salaires à la Fonction publique en 2008. Qu’en est-il des appuis budgétaires extérieurs ? Quel est le taux d’exécution du budget d’investissement ?
La réunion du Conseil des ministres de Kananga devrait sortir de l’ordinaire, des sentiers battus des comptes rendus stéréotypés. A mi-parcours de l’exercice 2008, l’état des lieux s’impose sur l’exécution du programme 2008 du gouvernement. Une fois de plus, transparence et bonne gouvernance obligent.