POLITIQUE NATIONALE
Nota bene
Gouvernement : une gestion hasardeuse
Par Modeste MUTINGA
Je suis toute oreille depuis que la délégation congolaise séjourne à Washington. Vous conviendrez avec moi que ce séjour se situe dans le cadre des négociations devant aboutir à la signature éventuelle d’un accord entre la République démocratique du Congo et le Fonds monétaire international. Cet accord marquera la conclusion d’un PEG II (Programme économique du gouvernement, phase II). Mais le plus intéressant, c’est que cet accord conduira – s’il est respecté par la partie congolaise - au point d’achèvement afin d’accéder au Programme des Pays Pauvres Très Endettés, PPTE, avec l’ allègement de la dette à concurrence de 90%, soit 9 milliards de dollars à annuler sur les 12 que représente la dette extérieure de la RDC.
Mais l’examen de passage n’a jamais été concluant. A chaque session d’évaluation de la délégation des institutions de Bretton Woods, la République démocratique du Congo est toujours recalée. Fait observé depuis la mise en place des institutions de la transition jusqu’avant cette rencontre de Washington. La RDC court derrière cet accord, toujours insaisissable. Face aux derniers dérapages, caractérisés par le déficit budgétaire toujours croissant, et qui pourrait atteindre 79 milliards de FC à la fin de l’exercice budgétaire en cours. Le gouvernement de la RDC doit défendre un plan de trésorerie acceptable pour le financement de ce gap. C’est là qu’achoppent les discussions de Washington.
La session de ce mois d’avril des assemblées générales des institutions de Bretton Woods est donc cruciale pour la RDC. Elle constitue une occasion ultime de conclure cet accord. Faute de quoi, la RDC sera, une fois de plus, recalée et attendra 2010.
Que reproche-t-on à la République démocratique du Congo pour que le FMI soit si réticent et dubitatif à donner son satisfecit ? Selon les observations qui reviennent chaque fois, le gouvernement n’arrive jamais à exécuter correctement son budget, à respecter son plan de trésorerie. Le gouvernement a toujours été incapable de recouvrer les recettes prévues au budget, et se distingue par des dépenses non prévues, en recourant le plus souvent à la Banque centrale pour le financement de son déficit.
D’autre part, le gouvernement reproche à cette même Banque centrale d’abuser trop de son autonomie pour puiser dans son compte d’exploitation. D’où ce déficit chronique de l’ Institut d’émission qui se chiffre à 40 milliards de Fc, mais que le gouvernement accepte de financer qu’à concurrence de 20 milliards de Fc. Entre-temps, il sollicite du FMI le préfinancement de son propre déficit estimé à 39 milliards de Fc.
Cette situation regrettable et préjudiciable découle de la mauvaise gestion caractérisée des Finances publiques, y compris les régies financières accusées de sous-évaluer les recettes fiscales et domaniales. Rares sont les ministères qui se montrent performants et atteignent les objectifs qui leur sont assignés par le gouvernement. Cela, malgré la présence de multiples « experts » qui pullulent dans les cabinets ministériels, le terme est d’ailleurs en vogue, me souffle-t-on à l’oreille.
La vraie vérité, souffrez que je le souligne, c’est qu’en plus de l’incurie administrative, les règles de l’orthodoxie financière sont totalement ignorées. Ajoutez à cela l’impunité sur les détournements des fonds publics, les coupes sombres opérées en toute anarchie budgétaire, l’épuisement anticipé des lignes de crédit sans raison plausible… La gestion financière subit donc la triste loi des improvisations, de l’amateurisme, de l’inconscience et des hypothèses, avec des recettes attendues mais consommées avant qu’elles ne soient recouvrées, si jamais elles le sont. Ce dernier aspect du problème a été à la base des discussions serrées de Washington entre la République démocratique du Congo et le FMI.
Quel que soit le résultat de Washington, le moment est venu de redresser la barre. Les retombées d’une gestion hasardeuse sont susceptibles d’éloigner davantage le point d’achèvement et d’assombrir la situation socio- économique de la RDC.
Sénateur