LA UNE
Regain d’activités en RDC
Américains, Français, Japonais… se bousculent au portillon
Par Le Potentiel
Les puissances américano - européennes s’affrontent déjà en République démocratique du Congo dans « la guerre des minerais », sur fond du « Coltan » à l’Est du pays. Affirmation de Christian Harbulot de « l’Ecole de guerre économique » dans son analyse sur le conflit armé en RDC. Mais avec le retour progressif de la paix au Congo, cette « guerre économique » est en train de prendre une nouvelle tournure en quittant le sentier tortueux et sinueux de l’illégalité pour s’engager dans la voie de la légalité où chacun trouverait son compte. Depuis, il ne se passe plus une semaine sans qu’un Américain, un Français, un Belge, un Chinois, ou un Japonais… ne débarque au Congo. C’est le retour des grandes « puissances économiques ». Mais attention. Comme du miel qui attire et qu’à tout moment les abeilles peuvent attaquer, il faut savoir gérer ce regain d’activités, pleines d’impondérables.
La Chine aura « dribblé » tout le monde, diraient certains. En signant une convention alléchante avec la République démocratique du Congo sous la formule « gagnant-gagnant », elle a suscité un nouvel élan auprès des autres partenaires dubitatifs, jusque-là.
Certes, l’épisode avec le FMI et la Banque Mondiale autour de la révision des contrats chinois ne s’inscrit que dans ce nouveau contexte de marquer sa présence en République démocratique du Congo. Il est un fait que pendant les décennies troubles, plusieurs pays avaient tourné le dos au pouvoir de Kinshasa, signant des contrats vaille que vaille avec les mouvements rebelles pour exploiter abusivement les minerais congolais. Même à ce stade, on assistait à un « affrontement entre les Américains et les Européens », en plus des Asiatiques, surtout en ce qui concerne la « Guerre du Coltan ». Christian Harbulot, analyste de « l’Ecole de guerre économique », s’est appesanti sur cet aspect du problème en soulignant que « l’Europe et les Etats-Unis sont totalement dépendants des réserves du coltan ». En effet, le Kivu possède 60% des réserves mondiales du coltan.
Mais qu’aujourd’hui, l’ordre revient progressivement dans la maison, pas du tout surprenant que ces « partenaires » quittent le sentier de l’ illégalité pour s’engager dans la voie de la légalité. Ce qui explique ces missions économiques tant américaines, européennes, qu’asiatiques qui débarquent chaque jour à Kinshasa.
Américains, Français, Belges, Chinois, Coréens, Japonais… se bousculent donc au portillon. Les Allemands, les Russes ne sont pas en reste. Ils ont débarqué aussi à l’aéroport international de N’Djili. On n’exclut pas les Brésiliens et les Indiens qui sont également dans la course. Signe évident de la reprise des activités en République démocratique du Congo.
La dernière mission économique en date est celle de la France conduite par Mme Anne-Marie Idrac, Secrétaire d’Etat française chargée du Commerce extérieur auprès de la ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi. Dans sa suite, des hommes d’affaires français pour prendre contact avec leurs homologues congolais. Un accord cadre a été signé et des engagements pris par la France pour permettre à la RDC de bénéficier des facilités élargies afin de devenir réellement un « pays émergent », pour autant que le Congo ne manque pas d’atouts. Le 30 mai 2010, lors de la réunion France-Afrique, des donateurs saisiront cette opportunité en vue de relancer les économies du continent. Déjà, la France a accordé 1 million d’euros à la Fédération des entreprises du Congo, FEC, et que très bientôt, le plafond du volume de coopération avec la RDC qui est de 200 millions de dollars sera crevé.
LE RETOUR DU JAPON
Le signal manifeste et positif est celui du Japon. Présent depuis longtemps en République démocratique du Congo, le Japon avait adopté une « attitude prudente », dirait-on. Mais pendant ce temps, il s’est fait éclipser par la Chine. Maintenant, il est déterminé à être présent. La coopération avec la RDC est passée de 18,4 millions à 64,2 millions de dollars pendant la période allant de 200ème à 2009.
Il est important de souligner que le Japon a déjà réalisé plusieurs projets importants de développement en République démocratique du Congo. Allusion faite au « Pont Maréchal », à Matadi, au Bas-Congo, symbole hautement significatif de la coopération nippo-congolaise. Dans le cadre du renforcement des capacités, le Japon a consenti des efforts financiers conséquents en vue de la formation des cadres, des ouvriers qualifiés à travers l’Institut national de préparation professionnelle, INPP.
Aujourd’hui, dans le contexte des travaux de « 5 Chantiers », le Japon, se chargera de la réhabilitation de l’avenue Poids Lourds, du Pont Matete jusqu’ à la Gare centrale. Ce pays entend intensifier sa coopération dans le domaine de la santé, du traitement de l’eau potable et de la réforme de la Justice.
Fait insolite. En signant son retour au Congo, le Japon entend mettre sur pied une coopération « triangulaire » avec d’autres partenaires. C’est le cas avec la Belgique. Cette question sera discutée à Tokyo lors du voyage du ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, au mois d’avril prochain. Mais aussi avec la Chine et la Corée du Sud. Entre-temps, au niveau des Grands Lacs, le Japon a offert sa disponibilité pour faire bénéficier de son expérience en matière de sismologie et de volcanologie à la RDC, au Rwanda et au Burundi.
PRIVILEGIER LES SECTEURS PRODUCTEURS
Ce regain d’activités ne doit pas entraîner les dirigeants congolais à verser dans la culture de l’auto-satisfaction. Bien au contraire. Il importe de puiser l’énergie nécessaire, les réflexes appropriés en partant des erreurs du passé qui n’ont pas permis à l’ économie congolaise de ne pas décoller, de demeurer une économie monoculture et extravertie.
Il faudra éviter de signer des contrats dans la précipitation, mais de privilégier les secteurs producteurs pour qu’il y ait des effets d’entraînement dans d’autres secteurs. Nous songeons ici à la relance effective de l’agriculture, à la création des usines de conservation et de transformation, à la formation et à l’institutionnalisation d’une véritable classe moyenne qui devra avoir accès au crédit.
Ainsi se pose avec acuité le problème de la mise en place de la « Commission économique et sociale », telle que prévue par la Constitution. Devant ces partenaires qui se bousculent au portillon, c’est maintenant ou jamais le moment pour le Parlement de se pencher sur l’existence de cette institution, véritable « Conseillère économique et sociale » de l’Etat. Ceci s’inscrit dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires pendant que l’on renforce la paix, la sécurité et la justice sans lesquelles aucun développement n’est possible.