EDITORIAL
Niger : la chute de Tandja
Par Le Potentiel
Sans surprise : le coup d’Etat au Niger. Il était prévisible pour de nombreux observateurs de la politique africaine. Le président Tandja est tombé. Victime d’un coup d’Etat militaire. Certes, on ne peut pas saluer ce coup de force militaire qui replonge, une fois de plus, le continent africain dans cette Afrique odieuse des colonels et des généraux.
Mais Tandja devrait savoir qu’avec la situation qui prévaut en Mauritanie, il n’est pas bon de chercher à « forcer » la nature. Surtout qu’en cette Afrique aujourd’hui convoitée par des forces centrifuges, otage des « groupes identitaires et puissances financières », à cause de ses richesses. Il faut avoir des reins « trop solides », de la « baraka », pour échapper à leur colère et s’entêter à vouloir les narguer, à diversifier les « partenaires » qui ne chercheront qu’à exploiter les richesses de votre pays, au risque de faire de vous un « dictateur ». Tandja est tombé victime de son « arrogance et du clientélisme politiques ».
En Afrique, l’on a toujours tendance à ne pas lire les signes des temps. On s’évertue à mourir au pouvoir, à faire admettre qu’un mandat ou deux ne suffisent pas. Que, toujours le « peuple » a besoin de sa présence, qu’au nom de ce même « peuple », on peut rendre ce mandat élastique pour continuer à jouir des privilèges du pouvoir. D’où cette obsession à vouloir disposer des constitutions sur mesure - erreur politique éléphantesque - de procéder à des modifications de cette même constitution au « nom du peuple ».
Quoique l’on dise, les malheurs de Mamadou Tandja ont commencé dès lors qu’il avait décidé de dissoudre le Parlement l’année dernière, après dix ans de pouvoir pour imposer une prolongation de son mandat pour trois ans encore, violant ainsi la Constitution. Si pendant dix ans, Tandja n’a pas transformé le Niger en paradis, avec les revenus de l’uranium quand on sait que le Niger, bien que pays pauvre, est le troisième producteur mondial d’uranium, comptait-il le faire en trois ans ? Utopie. Illusion. Dérive totalitaire. Avec le boycott des élections législatives par l’Opposition, le Niger venait d’être suspendu par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, CEDEAO. Tandja venait d’être « condamné à mort ». Le coup d’Etat vient de consacrer son exclusion politique.
Bien pire, pour échapper à l’influence de l’ancienne métropole, Tandja s’employait à multiplier les partenaires. Initiative dangereuse qui découle de l’arrogance politique, de ce mauvais calcul politique dans un environnement international où il faut savoir nager entre deux eaux, au regard de nombreuses convoitises. Deuxième arrêt de mort politique de maintenant ex- président Tandja.
Il est un fait que ce coup d’Etat marque une fois de plus l’Afrique. Il interpelle ses dirigeants que ce continent n’est à l’abri d’aucun saut d’humeur. La seule voie qui consiste à échapper aux griffes des coups d’Etat, quelles que soient leurs origines, c’est la bonne gouvernance, le respect de la Constitution, le fait d’être à l’écoute de la population et de rencontrer ses préoccupations.