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Edition 4932 du Mardi 16 Mars 2010

POLITIQUE NATIONALE

Présidents de la RDC et de la Turquie

J. Kabila et Abdullah Gül décident de développer les relations bilatérales dans tous les domaines

Par Angelo Mobateli

La signature entre les parties congolaise et turque du « Mémorandum d’entente relatif à la création d’un mécanisme de consultations politiques » a consacré le tête-à-tête qu’ont eu hier lundi au Palais de la nation le président de la République, Joseph Kabila, et son homologue turc, Abdullah Gül en visite de travail de 72 heures en République démocratique du Congo.

Le président de la République, Joseph Kabila, et son homologue turc, Abdullah Gül, ont décidé hier lundi à Kinshasa de « développer les relations bilatérales dans tous les domaines » entre la RDC et la Turquie.

« Au cours des entretiens que nous venons d’avoir avec Son Excellence le président de la République démocratique du Congo, Monsieur Kabila, nous avons décidé de développer nos relations bilatérales dans tous les domaines. Et nous avons également passé en revue toute une série de problèmes concernant les pays de la région », a déclaré le président turc à la presse à l’issue de leur tête-tête de soixante minutes (10H00-11H00) au Palais de la nation.

Il a exprimé son « appréciation d’importantes réformes qui ont été réalisées en République démocratique du Congo sous l’impulsion de Son Excellence le président de la République, Kabila, dans toute une série de domaines politique, démocratique, économique et également le domaine des transformations sociales ».

« Durant notre séjour, les hommes d’affaires turcs et leurs homologues congolais vont avoir une série de rencontres pour explorer tous les domaines de coopération au niveau économique et au niveau commercial. Et je dois affirmer que la République de Turquie et la République démocratique du Congo apporteront un soutien politique au plus haut niveau pour le développement de ces relations », a-t-il indiqué.

A son « cher ami », qu’il a remercié « pour la chaleureuse hospitalité qui a été témoignée à moi-même et à toute ma délégation depuis que nous sommes arrivés dans votre pays », M. Abdullah Gül a « apporté les salutations du peuple turc au peuple congolais ». Il lui a dit « à quel point je suis heureux de me retrouver parmi vous », en espérant que « ma visite en RDC peut ouvrir une nouvelle ère dans les relations entre nos deux pays ».

« La visite que j’effectue au Congo est la toute première visite au niveau de la Présidence organisée entre la Turquie et la République démocratique du Congo. Les discussions en cours se déroulent au moment du cinquantième anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo. Et je suis persuadé qu’elle (visite, ndlr) apportera un nouvel élan et une nouvelle accélération à nos relations de coopération dans tous les domaines », a-t-il affirmé.

Au cours de cette visite au Congo, le président turc est accompagné d’une très importante délégation comprenant des ministres, des députés, des hommes d’affaires, des investisseurs, des enseignants universitaires et des membres de la presse.

« Nous menons depuis quelques années une politique d’ouverture vers l’Afrique. C’est pour ça que nous voulons beaucoup plus développer une coopération dans tous les domaines avec la RDC. Il ne faut pas oublier que nous avons une ambassade permanente ici depuis 34 ans. Ce qui montre toute l’importance que nous accordons à la RDC », a-t-il dévoilé.

INVESTISSEMENT TURCS GENERATEURS D’EMPLOIS

Lors de la conférence de presse qu’il a animée conjointement avec son hôte congolais au Palais de la nation, le président Abdullah Gül a dit que « la Turquie a des sentiments très sincères à l’égard des pays africains (et) reste persuadée que l’humanité entière a une dette envers l’Afrique ». Représentée dans toutes les enceintes internationales, elle « se propose d’être la voix de l’Afrique, d’exprimer et de lancer cet appel à haute voix partout où elle se trouve.

Ce pays possède, en l’agence de développement TIKA, une agence d’aide humanitaire technique qui apporte une série d’aides humanitaires dans tous les pays de l’Afrique, notamment en RDC où elle apporte des « aides humanitaires dans le domaine de la santé ou de matériels médicaux. Ce sont des aides unilatérales sans aucune contrepartie qui sont effectuées par la Turquie pour des raisons purement humanitaires. Cela va dans le cadre de la dette dont j’ai parlé tout à l’heure », a-t-il expliqué.

Pour le président turc, « il est important qu’un pays qui possède des ressources naturelles très riches comme le Congo puisse mettre en œuvre toutes ses ressources pour et dans le cadre de l’intérêt de sa propre population, de son propre développement ».

Il a déclaré que les hommes d’affaires et les investisseurs « de très grandes sociétés turques » qui l’accompagnent « vont rencontrer leurs homologues congolais, des hommes d’affaires de ce pays, pour pouvoir envisager des partenariats et faire des investissements qui vont créer des emplois ».

Il est d’avis que « des relations les plus solides qui vont être établies seront des relations basées sur des investissements générateurs d’emplois et de faire en sorte que les ressources de ce pays puissent être utilisées bien entendu avant tout pour l’intérêt du peuple congolais et également pour nos intérêts mutuels ».

Il a révélé que, dans sa délégation, il y a des hommes d’affaires turcs qui ont « d’ores et déjà repris dans le domaine de l’industrie forestière » avec l’intention de créer des usines sur place. « Ils sont même sur le point de faire venir leurs machines-outils ».

D’autres grandes industries turques sont intéressées par le secteur minier. « Il y a également le fait que les entreprises de promoteurs de construction turcs sont les deuxièmes au niveau mondial dans ce secteur. Ils vont pouvoir œuvrer dans le domaine des infrastructures du Congo. Il y a aussi les hommes d’affaires turcs qui ont décidé d’investir dans le domaine de la santé, c’est-à-dire de créer ici des installations pour produire des matériels médicaux sur place. Tout ça, ce sont déjà des accords finalisés », a encore renseigné le chef de l’Etat turc.

« Ce qui est important, ce sont tous les nouveaux contacts qui sont en train de se dérouler et toute une série de nouveaux projets prometteurs qui seront – j’en suis sûr – signés plus tard », a-t-il pronostiqué.

BIENTOT, LA RDC VA OUVRIR UNE AMBASSADE A ANKARA

Devant la presse locale et internationale présente au Palais de la nation, le chef de l’Etat a, « au nom de la population et du gouvernement congolais », souhaité la bienvenue à son visiteur de marque et à la délégation qui l’accompagne.

Reconnaissant qu’« effectivement, nos relations ne datent pas d’aujourd’hui, c’est depuis une trentaine d’années que la République turque a une ambassade en RDC », Joseph Kabila a annoncé : «Entre autres points de nos discussions, j’ai informé Monsieur le Président que bientôt, la République démocratique du Congo va ouvrir une ambassade à Ankara pour précisément renforcer et consolider les relations entre nos deux pays ».

A propos du « Mémorandum d’entente relatif à la création d’un mécanisme de consultations politiques » en deux langues (français et turc) par le ministre congolais des Affaires étrangères Alexis Thambwe Mwamba et le sous-secrétaire d’Etat adjoint turc pour les Affaires bilatérales, Ünal Cevikoöv, il a souligné que ce « protocole va nous servir comme cadre de concertations dans tous les domaines, que ce soit économique, la diplomatie, la politique, le domaine scientifique, et j’en passe ».

En réponse à une journaliste turque voulant savoir si la RDC a sollicité l’appui de la Turquie pour un « refoulement de la Monuc », le président de la République a affirmé « on n’a pas parlé du refoulement des unités de la Monuc ».

« Bien sûr, on a fait le point de la situation avec le Président. J’ai informé le Président de l’évolution de la situation, depuis plusieurs années maintenant, de la présence effectivement de la Monuc et de la demande du gouvernement congolais, des institutions du pays pour qu’il y ait un plan de retrait de la Monuc. On ne va pas refouler la Monuc. Non pas du tout », a-t-il assuré.

« Mais, il y a une équipe entre la Monuc et le gouvernement de la RDC qui est à pied d’œuvre, en train de travailler sur ce plan de retrait des unités de la Monuc de notre pays. Alors, on n’avait pas besoin de l’appui de la Turquie pour le refoulement de la Monuc. Il y a un dialogue, il y a des discussions, des négociations qui sont en cours », a-t-il indiqué.

En ce qui concerne les relations bilatérales, les deux chefs d’Etat ont « décidé d’avoir des contacts directs » et de la mise en place d’une « petite équipe, soit une commission, qui va travailler d’arrache-pied pour que nous puissions avoir une vision commune en ce qui concerne la coopération entre nos deux pays ».

Au niveau du continent, le président Joseph Kabila a dit être au courant du sommet entre la Turquie et des pays africains. « Une initiative que nous avons saluée chaleureusement et que nous avons appuyée. Et on va continuer à appuyer cette initiative de la Turquie pour le développement pas seulement de la République démocratique du Congo et la coopération avec notre pays, mais du continent africain », a-t-il déclaré à la presse.