SUPPLEMENT
Osvalde Lewat-Hallade : « Il faut savoir braver les préjugés »
Par Espérance Tshibuabua
Ancienne journaliste de télévision et de presse écrite, Osvalde Lewat-Hallade se lance dans la réalisation de films en 2000. Son premier documentaire « Upsa’ Yimoowin » qui veut dire en langue amérindienne Cree : Le calumet de l’espoir, est tourné à Toronto. Après son baccalauréat littéraire, elle fait quatre ans d’études supérieures en communication et une cinquième année de formation en cinéma. Depuis deux ans, elle partage son expérience comme formatrice dans différents pays.
Osvalde Lewat-Hallade a été distinguée à plusieurs reprises pour son travail. Elle a, entre autres, obtenu le grand prix du film de télévision au festival d’Avanca au Portugal, le prix des droits humains au festival Vues d’Afrique de Montréal. « Un amour pendant la guerre », son dernier film documentaire, a reçu la mention du jury au Fespaco et le prix du jury au festival de Montréal.
UNE FEMME DE CARACTERE
C’est parce qu’elle voulait que son travail s’inscrive dans la durée, dans le temps, qu’elle choisit le cinéma. Le journalisme lui paraît, après quelques années de pratique, bien éphémère. Pour celle qui refuse la facilité, le travail de réalisatrice apparaît comme un défi. Un métier difficile dans un univers parfois austère surtout pour les femmes. Dans ce domaine où les femmes sont rares, Osvalde affirme avoir pu creuser son sillon grâce à sa ténacité. Quand on est une jeune femme africaine dans le cinéma, il faut savoir braver les préjugés, aller au-delà des apparences et du sexisme ambiant. Lorsqu’on l’interroge sur les obstacles qu’elle rencontre sur son chemin, c’est avec le sourire qu’elle déclare :
« Tout ce qui ne vous détruit pas, vous forge. Il y a ceux qui vous encouragent et ceux qui veulent à tout prix vous casser. Mais, mes parents m’ont très tôt appris à transformer mes handicaps en tremplin. Ce n’est pas moi qui ai inventé cette pensée qui veut que ceux qui font quelque chose ont toujours contre eux ceux qui font la même chose, ceux qui font le contraire et la grande majorité de ceux qui ne font rien ».
Elle aime le don d’ubiquité que lui confère son travail. Ses films sont vus dans plusieurs pays à travers le monde. Lorsqu’elle parle de ses projets elle dit surtout vouloir faire des films utiles que les gens garderont en mémoire.
Elle fixe sa barre professionnelle très haut et travaille très dur pour réaliser « au moins le tiers des rêves cinématographiques » qu’elle nourrit
PARITE OU MERITE
Osvalde est d’avis que les femmes doivent occuper des postes décisionnels si elles sont compétentes. Elle se refuse à parler de parité pour exalter le mérite.
Toutefois, elle modère ses propos en soulignant des points qui font obstacle à l’épanouissement de la femme africaine. Elle cite l’éducation reçue au départ au sein de la cellule familiale. « Beaucoup de femmes africaines sont éduquées d’une manière singulière. Le garçon jouit souvent de tous les privilèges, pas elles. Elles reçoivent une éducation coercitive restreignant leur champ de vision et d’espérance. On peut comprendre pourquoi aujourd’hui, elles ont du mal à prendre leur destin en main. »
Elle stigmatise les pesanteurs culturelles ou sociales. Loin d’elle l’idée de renier sa culture africaine qui lui a enseigné les valeurs de la vie, précise-t-elle. Une culture dont elle aime et respecte profondément certains aspects. Mais elle pense qu’il est important pour la génération présente d’apprendre aux jeunes filles « qu’elles ont une place certaine, un rôle à jouer dans la marche du monde. » Pour Osvalde, il ne s’agit ni de vouloir être identiques aux hommes ni de leur être « inférieures » mais de faire intégrer aux Africaines une notion de complémentarité irréductible au 21siècle. « Pour moi, le combat des chiennes de garde s’arrête là où commence la rivalité avec la gent masculine. Je suis femme, et j’adore l’être »