SUPPLEMENT
Georges Ngal, artiste de l’écriture
Par Le Potentiel
Théoricien de la littérature, se pensée s’exprime à travers les héros de ses romans, mais surtout dans son essai Création et rupture en littérature africaine. Comme philosophe, sa pensée transparaît à travers les longs dialogues philosophiques entre Giambatista Viko et Niaiseux, dans Giambatista Viko ou le viol du discours africain et dans L’Errance.
APERÇU BIOGRAPHIQUE
Georges Ngal est né le 23 avril 1933 à Mayanda près d’Idiofa dans la province de Bandundu. Prêtre défroqué de l’Eglise catholique romaine, il est marié et père de trois filles. Après ses études primaires successivement à Mayanda, Laba et à Mwilambongo, de 1940-1946, il entreprend ses études secondaires au Petit Séminaire de Kinzambi de 1946 à 1952. Ses études supérieures se présentent comme suit : Philosophie (1952-1955) et Théologie (1956-1960) au Grand Séminaire de Mayidi dans le Bas-Congo. Au terme de sa formation sacerdotale, il enseigne le grec et le latin au Petit Séminaire de Laba (1960-1962). Puis, il poursuit des études universitaires des lettres à Fribourg et à Genève, en Suisse (1962-1968). Son mémoire de licence (maîtrise) en 1965 a porté sur L’inspiration traditionnelle et l’inspiration personnelle chez Aimé Césaire. Il décroche enfin un doctorat en philosophie et lettres, avec une thèse sur Aimé Césaire : Itinéraire psychologique et intellectuel d’Aimé Césaire. Sentiment de réenracinement et conflit esthétique.
CARRIERE UNIVERSITAIRE
Rentré au pays en 1969, il enseigne la littérature négro-africaine à l’Ecole normale moyenne (Enm) de Kikwit, l’ancêtre de l’actuel Institut supérieur pédagogique (Isp) de Kikwit. En 1970, il est nommé professeur associé à l’Université Lovanium (1969-1970) au Département de philologie romane dont il devient le premier chef congolais de département. De 1971 à 1975, il est professeur vice-doyen de la Faculté des lettres transférée à Lubumbashi à la faveur de la création de l’Université nationale du Zaïre en 1971. Ces cinq années constituent un tournant important dans sa carrière. En 1974, il occupe la chaire de coopération de l’Agence des Universités partiellement ou entièrement de langue française (Aupelf) dans les universités de Montréal, Laval et Sherbrooke, au Québec, Liège, Nice, Paris-Sorbonne, Bordeaux III et à l’Institut d’études politiques de Bordeaux. En 1975, à la suite d’un différend avec son collègue le professeur V.Y. Mudimbe, le recteur magnifique de l’Université nationale du Zaïre, Mgr Tshibangu Tshishiku, le mute de Lubumbashi à Kinshasa où il est professeur de critique littéraire et d’art à l’Institut des sciences et techniques de l’Information (ex-Isti) devenu aujourd’hui Institut facultaire des sciences de l’information et de la communication (Ifasic) jusqu’en 1980. Cette même année, il reçoit une invitation de la Sorbonne à Paris : il sera nommé professeur associé à Paris-Sorbonne (1980-1984), en même temps qu’il occupe le même poste d’associé à Grenoble III (1982-1984), qu’il est chargé de cours à l’Université de Paris X Nanterre (1987-1989) ainsi que professeur invité à l’Université de Bayreuth, en Allemagne (1989-1991). Aujourd’hui professeur émérite, il vit en France.
UNE PERSONNALITE MULTIPLE
A ce titre donc : - en 1977 : il est élu, à Dakar, membre du comité directeur de la Fédération mondiale des Arts nègres. - En 1987-1989 : il est élu, à l’Unesco, rapporteur du Comité intergouvernemental pour la promotion du retour des biens culturels à leur pays d’origine ou de leur restitution en cas d’appropriation illégale. - En 1992-1993 : il est invité à la Conférence nationale souveraine (Cns) de Kinshasa devant laquelle il prononce une conférence très remarquée sur le thème : Quel projet éducatif pour quel projet de société et pour quelle communauté internationale ? A cette occasion, le président de la Conférence, Mgr Monsengwo, lui adresse, au nom des 2800 délégués, un remerciement spécial pour sa contribution et pour l’important dossier (un projet de société complet) remis par lui à ces assises. Il est élu président de la sous-commission de la Charte nationale de l’Education.
UN ECRIVAIN DE TALENT
Ngal se fait découvrir du public lettré en 1975 avec la publication de sa première œuvre intitulée Giambatista Viko ou le viol du discours africain, fruit de ses enseignements sur la problématique oralité/écriture et sur les sciences humaines. Quatre ans plus tard, en 1979, il livre son second roman L’Errance qui est le prolongement du premier de par la thématique qu’il y aborde ainsi que le retour de presque les mêmes personnages. Bien des années après, apparaît en 1994, son troisième roman sous le titre de Une saison de symphonie. La problématique que posent les deux premiers romans est celle de l’intellectuel africain occidentalisé qui oscille entre la tradition africaine et la modernité européenne. Le choix à opérer est déchirant et conflictuel. Que faire, s’interroge Ngal.
Le troisième roman est le lieu de la traduction et de l’expression des crises socio-politiques africaines dans lesquelles s’embourbe l’écrivain sous l’action conjuguée de la dynamique de la vie et des exigences à une éthique humaine acceptable par tous.
Sur le plan littéraire, il est aussi l’auteur de deux nouvelles : Un prétend valeureux et Le séquestré du palais du Peuple à Kinshasa.
UN EMINENT CRITIQUE LITTERAIRE
Ses étudiants comme ses auditeurs savent que le professeur Ngal, éminent critique littéraire, d’une sévérité stimulante et créative, se plaignait aussi bien dans ses cours à l’université que dans ses grandes conférences publiques de la médiocrité qui caractérisait, à cette époque-là, le paysage littéraire congolais. C’est parce qu’il le disait avec audace et fermeté qu’il s’attira la foudre et l’antipathie de minables milieux littéraires kinois toujours portés vers d’éphémères glorioles !
Il refusait de reconnaître à quelques écrivassiers la qualité d’écrivain malgré un long flirt, souvent maladroit, que ceux-ci pouvaient se targuer d’avoir eu avec l’écriture. L’écrivain est un artiste, un maître de la langue, se plaisait-il à dire à ses étudiants de l’Université de Kinshasa et de Lubumbashi.
Ce brillant universitaire a ainsi donné à la critique littéraire congolaise ses lettres de noblesse. Dégoûté sans doute par une société phagocytée par une crise des anti-valeurs, ce grand maître à penser s’en est allé, lui aussi, un matin de saison de pluies voir couler la Seine au pays de Jean-Paul Sartre, Alfred de Vigny, etc.
BIBLIOGRAPHIE - Tendances actuelles de la littérature africaine d’expression française, Kinshasa, Ed. du Mont Noir, 1972. - Aimé Césaire, un homme à la recherche d’une patrie, Dakar, Nea, 1975 (1ère édition) ; Paris, Présence Africaine, 1994 (2ème édition). - Giambatista Viko ou le viol du discours africain, Paris, Hatier, Monde noir poche, 1984 (réédition ; 1ère édition, Lubumbashi, 1975). Traduction anglaise par Oleg de Baikoff (à paraître chez Heinneman, Londres). - L’Errance, Yaoundé, Cle, 1979. - Césaire 70, Paris Silex, 1984 (coauteur et éditeur). - Un prétend valeureux, Montréal, Ed. Hurtubise, 1990. - Une saison de symphonie, Paris, L’Harmattan, 1994. - Création et rupture en littérature africaine, Paris, L’Harmattan, 1994. - Lire…Le discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire, Paris, Présence Africaine, 1994. - Esquisse d’une philosophie du style négro-africain (sous presse) N.B. 1. L’essentiel des éléments de cet article est tiré de « Fiche identitaire de Georges Ngal par Jacques Chevrier » dans Congo-Meuse. Revue des lettres belges et congolaises de langue f rançaise, Mbuji-Mayi/Bruxelle, n°1, 1997, pp 141-148. 2. En 1972, au Zaïre de l’époque, les prénoms d’origine étrangère ont été remplacés par des noms d’inspiration africaine. Ainsi Georges Ngal était devenu Ngal Mbwil