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Edition 3805 du Vendredi 18 Aout 2006

LA UNE

A la veille de la proclamation des résultats provisoires

Le «Rassemblement pour l’unité» en gestation

Par  Le Potentiel

Gizenga, Kashala, Mobutu Nzanga…courtisés

L’heure est aux manoeuvres politiques. Avec la publication progressive des scores partiels des résultats de la présidentielle 2006, toutes les hypothèses sont permises. Si une victoire de l’un ou l’autre candidat est encore possible au premier tour, il est également de plus en plus acquis qu’un deuxième tour pour l’élection présidentielle n’est pas du tout à écarter. C’est dans ce contexte que les « camps » intéressés envisagent déjà la restructuration des plates-formes.

Dans exactement 48 heures, c’est-à-dire le 20 août 2006, la Commission électorale indépendante, sauf perturbations de toute dernière minute, publiera les résultats provisoires de l’élection présidentielle. Le vainqueur devra réunir la majorité absolue, c’est-à-dire 50 + 1% des suffrages exprimés pour devenir le cinquième président de la République démocratique du Congo. Si par la réalité du verdict des urnes, aucun candidat ne franchit la barre de 50% des suffrages exprimés, les deux premiers candidats, placés en ordre utile, seront retenus pour le second tour prévu le 29 octobre.

Au regard des réalités des scores partiels, il s’affirme chaque jour que ce sont Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba qui sont attendus pour le second tour. Face à cette perspective, l’on observe déjà un remue-ménage au sein des quartiers généraux de ces deux candidats. D’un côté, le PPRD, le porte-flambeau de l’Alliance pour la majorité présidentielle, AMP, et de l’autre, le MLC avec le Renaco. Aussi, nous revient-il que dans le premier camp, l’on parle de la mise sur pied d’une nouvelle plate-forme, le « Rassemblement pour l’unité ». Et de l’autre, « Tout sauf Kabila, Tsk » qui pourrait prendre une autre dénomination après mûres réflexions et échange de vue.

LES LEÇONS DU PREMIER TOUR

La réflexion actuelle s’appuie sur les leçons utiles tirées du premier tour de la présidentielle.

En effet, nous demeurons dans l’hypothèse d’un deuxième tour. Dans le camp de la majorité présidentielle, il se dégage que la plate-forme mise sur pied, à savoir l’Alliance de la majorité présidentielle, AMP, n’aura pas réussi à faire élire Joseph Kabila dès le premier tour. Avec une direction de campagne électorale émiettée, Kabila n’a glané plus de voix qu’à l’Est du pays. A l’Ouest, la campagne électorale n’a pas été systématique, laissant ainsi apparaître ce clivage « Est- Ouest ».A dire vrai, toutes les têtes couronnées, proches du président Kabla, tant au cabinet présidentiel, au gouvernemnet qu’ au sein de l’ AMP n’ ont pas été efficaces. Certainement qu’ ils avaient la tête ailleurs, sur les dividendes de la campagne électorale. Soit .

Dans les milieux proches du candidat Kabila, affirme-t-on, l’unité nationale est sacrée. L’on ne peut gagner et gouverner la nation avec l’Est seulement. Ce qui serait une catastrophe. Il faut absolument effacer ce clivage « Est-Ouest » en vue de maintenir l’unité nationale dans le but de gouverner avec tout le monde.

D’où cette dénomination de la future nouvelle plate-forme, « le Rassemblement pour l’unité », qui est en gestation. Même déduction pour le Renaco qui continue à réfléchir sérieusement sur l’échec à l’Est du pays. Dans l’hypothèse où Bemba pourrait l’emporter, il ne sera pas seulement le président de l’Ouest. Et encore que le succès remporté à l’Ouest est également consécutif au boycott de l’UDPS pour autant qu’au Kasaï, le mot d’ordre du parti de Tshisekedi a été bien suivi.

Certes, dans un premier temps, l’on reparle d’une plate-forme connue jusque-là sous le code de « TSK, Tout sauf Kabila ». Mais une telle dénomination ne ferait que susciter rancœur et méfiance.

GIZENGA, KASHALA, MOBUTU NZANGA…COURTISES

Devant cette réalité politique, il serait intéressant de procéder à la reformulation des alliances. Le temps est donc aux négociations politiques secrètes. Quoiqu’il en soit, les deux candidats en vue, à savoir Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, ne peuvent se passer d’autres candidats qui ont déjoué quasiment tous les pronostics.

Il s’agit particulièrement de Antoine Gizenga, Secrétaire général de Palu, Oscar Kashala de l’Urec et Alliés, la révélation de cette élection présidentielle, Nzanga Mobutu, fils de feu le maréchal Mobutu. Et dans une certaine mesure, nous pouvons citer Me Nlandu Kavidi qui a bénéficié de l’électorat des adeptes de Bundu dia Kongo, et Dr Matusila.

Gizenga, force nous est de le rappeler, a bénéficié des voix de son électorat naturel, pas seulement dans la ville de Kinshasa, mais également dans les provinces du Bandundu, du Bas-Congo et Orientale. Il dispose par conséquent d’un électorat naturel, comme nous l’avions souligné, et bien discipliné. Dans l’hypothèse d’un second tour, le mot d’ordre de Gizenga sera largement suivi par ses sympathisants.

Oscar Kashala a dérouté la plupart des candidats dans toutes les provinces, surtout là où on ne l’attendait pas, tel le cas à Mbandaka. En plus, il a bénéficié de la sympathie de l’électorat de l’UDPS dans les deux Kasaï. Il demeure un allié important, déjà courtisé tant par le camp de Kabila que celui de Bemba.

Quant à Nzanga Mobutu, il a ravi plusieurs voix à Bemba, son beau-frère. Particulièrement dans les provinces de l’Equateur et Orientale. Il dispose d’un électorat à même de faire pencher la balance du côté de Kabila ou de Bemba. Mais Me Nlandu s’est imposée dans la province du Bas-Congo. Si les adeptes de Bundu dia Kongo pourraient obéir à son mot d’ordre, avec la bénédiction bien entendu de leur chef spirituel Ne Muanda Nsemi, cette juriste a des arguments de valeur à proposer.

RENDEZ-VOUS LE 20 AOUT

Tout ceci s’inscrit dans la logique des hypothèses, bien sûr. Les choses seront clarifiées ce 20 août avec la proclamation officielle, par la CEI, des résultats provisoires de l’élection présidentielle. Si la vérité des urnes confirme qu’il y aura un vainqueur au premier tour, évidemment les supputations évoquées ci-dessus seront toujours d’actualité, d’une façon ou d’une autre.

En effet, les élections du premier tour ont démontré qu’elles avaient un caractère national. Que Bemba réalise un ras-de- marée dans la province du Bas-Congo et que Kashala enregistre un bon score à Mbandaka, les élections n’ont été ni tribales ni régionales. Preuve de la maturité du peuple congolais qui tient à l’unité de son pays. Les oiseaux de mauvais augure qui s’appuient sur le régionalisme ont donc été sévèrement sanctionnés.

Deuxième élément positif pour le virtuel vainqueur, c’est que dans l’hypothèse d’une victoire de Joseph Kabila ou de Bemba, ce n’est pas la victoire du PPRD ni du MLC. Mais de l’AMP et du Renaco. C’est dire que le futur vainqueur devra savoir gérer sa victoire pour gouverner avec tout le monde. Sinon, il ne réussira pas. Alors, rendez-vous est pris pour le 20 août 2006.