POLITIQUE NATIONALE
Processus de paix dans la région des Grands Lacs
Des bataillons FARDC aujourd’hui prêts à chasser les FDLR de l’Est du Congo
Par DIOSSO OLIVIER
Cette fois serait, peut-être, la bonne. La République démocratique du Congo (RDC) pourrait, enfin, se débarrasser, sur son territoire, de Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et d’autres groupes armés. Par la force. En mettant en œuvre l’option militaire, tel que le prévoit les accords signés à Nairobi, au Kenya, le 9 novembre 2007 entre la RDC et le Rwanda. Accords repris dans un Communiqué et qui doivent régler la question de la présence des groupes armés illégaux présents dans l’Est du Congo. Notamment les FDLR.
Cinq mois après le communiqué conjoint de Nairobi, la République démocratique du Congo, assistée de la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) dans la mise en place progressive de dix bataillons FARDC dans les zones auparavant sous la domination des FDLR, va essayer de rétablir sa souveraineté. Non seulement dans les zones où ils sont déployés, mais aussi dans tout l’Est du pays. Selon le porte-parole militaire de la Monuc, Jean Paul Dietrich, la mise en œuvre du volet militaire du communiqué de Nairobi a commencé à partir du 15 mars dernier.
L’opinion nationale ose croire que l’appui tant logistique que tactique de la Monuc consacre la levée de l’embargo militaire décrété contre la RD Congo. Celle-ci, espérons-le, s’est achetée des armes, l’armement congolais étant connu, dans les moindres détails, notamment par l’Armée patriotique rwandaise (APR) de Paul Kagame. A relever aussi le fait qu’il est peu probable que l’armée congolaise se serve de l’arsenal militaire onusien. Quoi qu’il en soit, les FARDC vont lancer incessamment une offensive générale aussi bien contre les FDLR que les différents groupes armés opérationnels dans la partie Est du Congo.
Pour rappel, cette option militaire intervient après une campagne de sensibilisation non réussie menée par la Monuc et le gouvernement congolais au près des FDLR. La Mission onusienne et l’exécutif congolais devaient pousser ces dernières «à un désarmement volontaire suivi d’un retour volontaire dans leur pays ou du choix de rester sur le territoire congolais sous statut de réfugié.» Mais si «la RDC a fourni au Rwanda un plan détaillé de désarmement et de rapatriement des FDLR au1er décembre 2007», le gouvernement rwandais avait pris l’engagement de ne pas soutenir en particulier le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda.
NON RESPECT DES ACCORDS DE NAIROBI
Entre-temps, Kigali a fourni à la RDC une liste de six mille individus qu’il considère comme génocidaires d’avril 1994. Nombre, semble-t-il, correspondant à celui des FDLR présentes sur le sol congolais. «Ce qui constitue, selon Alain Hutchinson, député belge du Parlement européen, cité par radiookapi.net, un sérieux blocage au processus du retour volontaire des Hutu rwandais».
Tout compte fait, sur le théâtre des opérations, il n’y a eu aucune avancée significative. Tous les groupes armés étant demeurés actifs dans la région. Un manque de confiance domine sur le terrain entre les FARDC et ces différents groupes armés ainsi qu’entre les miliciens eux-mêmes, note l’agence de presse catholique Misna. Et le président de la société civile du Nord-Kivu, Jason Luneno, de commenter à la même source : «Le problème de la sécurité est encore entier et les civils continuent d’en payer le prix. Nous sommes encore loin du désarmement, du cantonnement et de l’intégration, également parce que les Fardc n’ont pas reçu les consignes nécessaires ni les moyens adéquats».
Le programme Amani, né de la conférence de paix tenue dernièrement à Goma, province du Nord-Kivu, semble marquer le pas. Des escarmouches sont enregistrées, pratiquement au quotidien, entre différentes factions armées. A propos de celles ayant lieu entre les FARDC et les FDLR, aucune n’a connu, jusque-là, une victoire congolaise. C’est toujours la population civile qui en fait les frais. Comme le fait remarquer Jason Luneno repris par la même source : «Une récente offensive lancée par les militaires congolais contre les FDLR, se trouvant dans de nombreux cas parmi la population, s’est conclue par la fuite de nombreux civils». Et si les FDLR infligeaient des pertes importantes aux forces congolaises, la MONUC entrera-t-elle dans la danse ? Dans l’affirmative, cela risque d’embraser toute la sous-région. Ce que nous ne souhaitons pas. En effet, les FDLR, dans leur riposte, pourraient s’attaquer aux troupes de Nkunda. Lesquels pourraient bénéficier de l’appui de l’APR. Et l’Est de la RDC redeviendrait un nouveau brasier.