APOSTROPHE
Maintenant ou jamais
Par RICH NGAPI
Même si personne ne les a vus entrer, tout le monde les a vus sortir. Ya solo (en vérité), la cérémonie grandiose, retransmise en direct hier mercredi 25 février sur les antennes de la télé nationale a suffi pour voir. Et pour croire. Chacun avec sa paire d’yeux. Chaque borgne avec son seul oeil voyant. Les aveugles, eux, ont communié à la grand-mess par d’autres organes de sens que la vue. Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, a abrité la cérémonie de prise d’armes qui a mis fin à l’opération militaire conjointe FARDC-Armée rwandaise. Le 25 février 2009. Cette date (à retenir) marque également le début du retour des troupes rwandaises dans leur terroir.
Démarrée le 20 janvier, l’opération « Umoja wetu » (Notre unité) a eu un unique objectif : la traque des rebelles hutu rwandais-FDLR. Fait symptomatique qui n’aura pas échappé à la perspicacité des politologues. Ne demandez pas à l’Apostropheur de dresser le bilan. Où le ramasserait-il, ce bilan ? Dans un pays où ceux qui détiennent une portion du pouvoir ne doivent rien à la base, il faut être doté d’une notable réserve d’optimisme pour croire qu’un jour, des populations qui ont de façon atavique le respect du chef, contestent ses décisions. D’ailleurs, rares sont des Congolais qui posent des questions à leurs dirigeants. Et même quand on les leur pose, ils savent comment répondre pour s’en sortir. Vous devinez ? Ils peuvent vous répondre par la démagogie tout comme par les armes. Pourvu qu’ils aient raison.
Non. Maintenant que les Rwandais sont rentrés chez eux, il reste à la RDC de réorganiser son armée. Si ce n’est déjà pas fait. En effet, s’il y avait des leçons à recevoir, Kagame et ses acolytes nous en ont donné une : il n’y a pas d’Etat sans armée. Il n’y a pas d’intégrité territoriale sans véritable armée. Il n’y a pas de sécurité et de développement sans armée disciplinée.
Le peuple a honte d’une armée régulière réduite à un simple ramassis de cousins habillés en toute hâte, complétés par des effectifs absolument tribaux. Une telle armée, rassurez-vous, on n’en fait qu’une bouchée. Le peuple à horreur d’une armée régulière où l’on collecte des civils à qui l’on fait à peine toucher l’arme et qu’on envoie mourir au front. Maintenant une opération est terminée. Une passe en or nous est donnée pour parfaire la réforme du secteur de sécurité. Il suffit d’avoir des oreilles…Maintenant ou jamais ! Leo ndiyo leo !