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Edition 4790 du Mercredi 23 Septembre 2009

SUPPLEMENT

Me Mirna Adjama : « Le système judiciaire congolais doit être renforcé pour lutter contre l’impunité »

Par  REGINE KIALA

De nationalité américaine, Me Mirna Adjama est chef de mission du Centre international pour la justice transitionnelle en RDC (ICTJ). Elle demande aux Congolaises de briser la peur afin de dénoncer tous ceux qui commettent les viols.

« Les violences sont des problèmes très aigus auxquelles il faut apporter beaucoup d’attention », a déclaré Me Mirna Adjama au cours d’un entretien au journal Le Potentiel. Elle demande aux Congolaises de briser la peur pour mettre fin à l’impunité.

Son organisation fait des analyses et des réflexions pour identifier les racines et les causes des violences faites à la femme pendant les guerres perpétrées en RDC en vue d’y promouvoir l’Etat de droit. « L’ICTJ s’engage à favoriser l’inclusion des besoins des femmes et des filles victimes au cœur du dialogue national sur la justice transitionnelle. Le viol et les violences sexuelles sont endémiques dans les conflits en RDC, surtout à l’Est du pays, et il faut mettre un terme à l’impunité », affirme-t-elle.

Mirna Adjama exhorte la Congolaise à fournir des efforts pour participer aux postes de prise de décisions. Comme tous citoyens, elle doit aussi savoir faire valoir ses droits et avoir le courage de comparaître devant les cours et tribunaux pour les défendre.

L’ICTJ s’engage dans un programme biennal destiné à renforcer les capacités et à encourager un débat national informel en RDC sur la meilleure façon de faire face aux violations massives des droits humains.

« Le système judiciaire congolais doit être renforcé pour lutter contre l’impunité. L’ICTJ soutient, aux côtés de l’Etat congolais et des bailleurs internationaux de fonds, la réforme du secteur judiciaire afin d’atteindre cet objectif », dit-elle.

Pour ce faire, il faut promouvoir l’adoption du cadre juridique approprié permettant de poursuivre les auteurs des crimes graves devant les juridictions congolaises. L’ICTJ a identifié diverses formules à travers lesquelles la communauté internationale peut accompagner le système congolais en matière de poursuites pour crimes de guerre commis en RDC. « Afin d’assurer l’indépendance, la transparence et la crédibilité des procès nationaux », explique Me. Mima.

DROIT DES VICTIMES

En matière de recherche de la vérité dans la justice transitionnelle, Me Mirna Adjama évoque les mécanismes non-judiciaires. Ceux-ci, qui établissent l’histoire des violations massives des droits humains et garantissent la reconnaissance des responsabilités des auteurs des crimes, constituent un complément important aux poursuites pénales.

« L’ICTJ a joué un rôle clef en observant et critiquant l’expérience de la Commission vérité et réconciliation durant la période de transition en RDC. Il continuera à renforcer les capacités de la Société civile congolaise, afin d’assurer la documentation et l’archivage des violations des droits de l’homme. Il encourage la réalisation du projet de cartographie des violations des droits de l’homme entre 1993 et 2003, entrepris par le bureau du Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme avec l’appui de la Monuc, et le conseillera pour que la perspective des victimes soit prise en compte dans l’étude », signale-t-elle.

L’ICTJ défend également le droit des victimes à obtenir des réparations matérielles ou symboliques, individuelles ou collectives et encourage les initiatives locales, nationales ou internationales y afférentes.

Il appelle à l’application du verdict de la Cour internationale de justice condamnant l’Ouganda à payer des réparations à la RDC pour des violations des droits de l’homme et humanitaires perpétrées par les forces armées ougandaises en territoire congolais.

Enfin, l’ICTJ jugera de l’intérêt et de l’opportunité de créer des mémoriaux pour les victimes d’atrocités de masses.

Allergique à l’impunité

Après avoir passé plusieurs années en RDC, particulièrement dans le Katanga et à Kinshasa, Me Mirna compte se rendre dans d’autres provinces pour y sensibiliser la population sur les droits de l’homme.

Toujours souriante, elle dit combattre l’impunité. Elle envisage de continuer à travailler dans son domaine pour contribuer à la promotion des droits de l’homme.

Son plat préféré étant la viande de chèvre, elle aime le rouge qui symbolise, pour elle, « le feu ». Elle dit aimer « la chaleur ainsi que tout ce qui est chaud et vif ».